• « Google est en train de construire un super état numérique » déclare un médiacrate allemand

    Article de Philip Oltermann traduit par Ey@el

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    Mathias Döpfner, le directeur du plus grand groupe de presse écrite d'Europe, prétend que le moteur de recherche Internet abuserait de sa situation dominante sur le marché.

    Dans une lettre ouverte à Eric Schmidt de chez Google publiée dans l'édition du Frankfurter Allgemeine Zeitung du 9 avril 2014, Mathias Döpfner, directeur de la maison d'édition allemande Axel Springer SE, accuse la société américaine d'appliquer un modèle commercial que « dans certains cercles moins recommandables on appellerait un racket de protection », opérant une discrimination envers les concurrents à travers le classement de ses recherches. La devise de Google, a-t-il déclaré, serait « si vous ne voulez pas qu'on vous assène le coup de grâce, il va falloir payer ».

    Döpfner — dont le portfolio comporte Bild, le tabloïde le plus vendu d'Europe, ainsi que Die Welt, un journal de centre-droite — admet que sa propre société dépend entièrement de Google, une réalité qui l'effraie lui et certains de ses concurrents.

    « Les employés de Google font toujours preuve de courtoisie à notre égard comme envers les autres maisons d'édition, mais nous n'avons pas un dialogue équitable. Comment pourrait-il en être autrement ? Google n'a pas besoin de nous, mais nous avons besoin de lui ».

    Döpfner soutient qu'« un changement de cap radical dans l'opinion » des citoyens européens s'est produit depuis l'an dernier, après qu'Edward Swowden ait révélé « les liens étroits entre les grands fournisseurs d'accès Internet aux États-Unis et les services de renseignement américains ». « Personne n'en sait autant sur ses clients que Google. Même la correspondance privée ou commerciale est lue par Gmail pour être analysée le cas échéant », déclare-t-il. Il qualifie le point de vue du « si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre » attribué à la fois à Schmidt et à Mark Zuckerberg de Facebook en réponse aux révélations de la NSA, de troublant.

    « C'est la représentation d'une attitude mentale et d'une vision du monde que l'on retrouve dans tous les régimes totalitaires et non dans les sociétés libres. Ce genre de réplique aurait tout aussi bien pu être formulée par le chef de la Stasi ou des services secrets de n'importe quelle autre dictature ».

    Faisant allusion à la récente acquisition du fabricant de drones Titan Aerospace par Google, il pose la question : « Google envisage-il la mise en place effective d'un super état numérique...? Mon cher Eric, je vous en prie, expliquez-nous que cette interprétation des faits et dires de Larry Page [co-fondateur de Google] n'est qu'un malentendu ».

    En réponse à un article d'opinion de Schmidt publié dans le même journal, Döpfner nie fonder ses craintes sur « une théorie de complot luddite ».

    « Critiquer Google n'est pas critiquer Internet. Ceux qui ont envie d'un Internet sans failles se doivent de critiquer Google. Pour nous, en tant que maison d'édition, Internet ne constitue pas une menace mais une des plus grandes opportunités de ces dernières décennies ».

    Ancien journaliste dont la thèse de doctorat portait sur l'histoire de la critique musicale dans l'Allemagne d'après-guerre, Döpfner s'en prend également au fonctionnement des régulateurs de la concurrence de l'Union Européenne, qui, en février, sont parvenus à un accord avec Google après leur enquête sur la société pour infraction présumée au droit de la concurrence.

    « Les politiciens européens vont-ils se coucher ou se réveiller ? Les institutions de Bruxelles n'ont jamais eu autant d'importance qu'aujourd'hui », déclare-t-il.

    En Allemagne, Axel Springer a été accusé, par le passé, d'exercer un monopole semblable à celui dont il accuse Google de tirer profit. Les opinions très conservatrices de ses journaux en firent d'ailleurs l'une des cibles principales du mouvement estudiantin de 1968.

    La maison d'édition s'est récemment élargie à l'Europe de l'est mais a mis fin à certains de ses magazines et journaux locaux dans le but soi-disant de se concentrer sur son expansion en tant qu'entreprise de médias numériques.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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