• Le pouvoir de l'humour fin

    Article de Gary Z McGee traduit par Ey@el

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    Il est permis à la loi de la légèreté de prendre le pas sur celle de la gravité. ~R.A. Lafferty

    Un tempérament solide s'articule autour des sept vertus fondamentales que sont le courage, la modération, la sagesse, la justice, la créativité, l'honneur et l'humour. Cet article traite de la plus puissante de toutes : l'humour. Et plus particulièrement, l'humour fin.

    Comment y accède-t-on ? En gravissant les échelons des vertus où un caractère sain mène à un émerveillement sain, lui-même menant à un sens de l'humour sain. Lequel nous propulse au-delà de la pertinence et de l'inconvenance, du bien et du mal, de la gravité et de l'égocentrisme, dans les vastes panoramas de l'humour fin. Du véritable carburant pour fusée pour accéder au méta. Et c'est dans le méta-paradigme que nous découvrons le génie de la légèreté.

    Là, nous avons la liberté d'entretenir des pensées bizarres. Courageuses. Libres. Audacieuses. Magiques. D'entretenir des pensées tout court plutôt que de simples croyances. Lorsqu'au lieu de croire nous réfléchissons, nos pensées deviennent plus sincères que sérieuses. Elles se chargent de légèreté, se teintent d'ironie et se laissent traverser par le plaisir du jeu. C'est la plus puissante des sept vertus fondamentales parce qu'elle englobe toutes les autres.

    L'humour fin englobe toutes les valeurs

    Le sens de l'humour est supérieur à n'importe quelle religion conçue jusqu'à présent. ~Tom Robbins

    Là où le courage libère le personnage, où la modération l'équilibre, la sagesse le guide, la justice le stabilise, la créativité le fait grandir, et l'honneur le fédère, l'humour fin le dépasse. C'est la seule vertu qui soit transcendante. Elle voit le personnage pour ce qu'il est : pris au piège d'une tragi-comédie et se pavanant sur une scène bien trop mortelle. Elle voit ses pieds d'argile. Mais aussi ses ailes. Et les honore tous par le rire né de la légèreté.

    Là où l'humour feint est tentateur, l'humour fin est dévastateur. Ce n'est pas une comédie burlesque. Il ne joue pas la comédie pour remplir ce rôle comme c'est le cas pour l'humour feint. L'humour fin n'est jamais sérieux mais toujours sincère. Il s'assied toujours à une grande table pour le jeu et la dérision.

    L'humour fin est la seule vertu fondamentale qui puisse bluffer Dieu et le Diable en même temps. Parce qu'il incorpore les six autres valeurs fondamentales. Il les absorbe, les cultive, les synthétise, et les met à contribution de manière créative comme une seule entité. Pour ce faire, il a recours à l'insouciance de l'audace et la désinvolture de la nonchalance. Ce type d'humour est élevé parce que les enjeux le sont : vivre à fond avec humour (fin) ou mourir à petit feu sans.

    Il n'y a rien que l'humour fin ne puisse surmonter. Il en faut une bonne dose pour supporter la prise de conscience que nous sommes les dindons de la farce d'une blague cosmique. Mais il n'y a rien de plus important pour rendre l'ombre consciente que de cultiver un bon sens de l'humour. Surtout lorsque l'on vise à l'intégration saine, la complétude, l'équilibre, la réalisation de soi, l'anti-fragilité et l'illumination.

    L'humour fin relie le fini à l'infini

    Afin de pouvoir vivre, un homme doit soit ignorer le fini ou le relier à l'infini. ~Leo Tolstoy

    L'humour fin que nous absorbons dans les eaux cosmiques de la légèreté nous offre l'outil le plus puissant connu à ce jour : le non-attachement.

    C'est par le détachement sain que nous pouvons voir comment tout est attaché, relié à tout le reste. Nous percevons le cosmos interconnecté comme une gigantesque toile de fréquences et d'énergie sur laquelle nous ne sommes qu'une minuscule goutte de rosée. Mais qui peut affecter la toile entière. Et de cette réflexion vient le pouvoir de créer du sens là où, sans cela, il n'y en aurait pas.

    C'est par l'humour fin que nous découvrons notre miroir intérieur, notre miroir primordial, notre contribution vitale au Cosmos : la présence.

    L'humour fin engendre la présence en nous incitant à chercher le sens caché des choses. Non pas de manière co-dépendante, rigide ou tenace, mais détachée, ouverte et fluide. Le sens devient alors un acte de création plutôt que de croyance.

    Lorsque nous sommes co-dépendants du sens, nous nous prenons trop au sérieux. Lorsque nous en sommes détachés, nous sommes libres de le créer ou le détruire comme bon nous semble. Nous ne sommes pas ancrés à la Vérité mais plutôt portés par le courant, nageant et naviguant à travers les eaux tumultueuses de cette dernière.

    C'est par le miroir de l'humour fin que nous pouvons voir que la Vérité n'est jamais figée. Qu'elle est toujours en mouvement, toujours impétueuse, toujours incertaine. Le sens de l'humour est une qualité qui permet de nager dans ces eaux hostiles.

    Selon Alan Watts, « ce dont on a besoin dans cet univers n'est pas de certitude mais du courage et du sang froid du joueur ; pas de conviction arrêtée mais d'adaptabilité; pas d'une terre ferme sur laquelle se tenir mais de savoir nager ».

    L'humour fin nous autorise à jouer

    Un individu ne joue que lorsqu'il est une personne au plein sens du terme et cela n'est le cas que lorsqu'il joue. ~Friedrich Schiller

    Le sens de l'humour est une armure vulnérable. Une protection flexible. Une force pliable.

    L'humour fin est une vertu radicale qui radicalise le courage, la modération, la sagesse, la justice, la créativité et l'honneur. À travers la vertu radicale naît l'humour fin, un sens du jeu si puissant qu'il prend le dessus sur le Pouvoir lui-même. Il est si gratifiant qu'il imprègne notre vie de bravoure, d'authenticité, de présence, de joie et de passion.

    Munis de l'armure vulnérable de l'humour fin, nous devenons sans peur.

    Et avec une telle absence de peur, nous sommes libres d'expérimenter. De transformer les tragédies en enseignements, la douleur en enseignante, le labeur en laboratoire. Parce que nous réalisons que la vie elle-même n'est qu'une vaste expérience dont nous sommes les expérimentateurs. Nous sommes les savants fous et notre vie est notre folle invention.

    Ceux qui expérimentent avec la vie, qui prennent des risques, tendent à avoir une vie bien remplie (et sans peur). Ceux qui ne le font pas, mènent plutôt une existence stagnante de morts-vivants (emplie de peur). Les sans-humour se retrouvent généralement dans cette dernière catégorie au contraire de ceux dotés d'un sens de l'humour fin que l'on retrouve dans la première.

    Les sans-peur à l'humour fin voient à quel point il est important de travailler dur mais aussi de jouer davantage. Parce que le sens du jeu ne crée pas que de la légèreté mais un bon moral. Il engendre un environnement créatif, un espace pour prospérer, cultiver, se réaliser. Un espace sacré d'insouciance nietzschéenne et d'audace prométhéenne pour y agir de manière décomplexée. Comme le disait Machiavel, « mieux vaut agir et se repentir que de ne rien faire et regretter ».

    L'humour fin est un humour radical, vorace et intrépide, primal et inestimable. Il est implacable dans sa quête. C'est l'animal de notre appétit le plus féroce qui se nourrit de sens — de sens élevé, de méta-sens. Le genre à emplir la panse de l'âme à la faire éclater.

    Il transforme l'animal en dieu puis le dieu en animal. Il fait cela en permanence, encore et encore, se gaussant de la fragilité de la condition humaine et esquissant un pied de nez à la blague cosmique tel un phénix fumant la pipe de ses propres cendres.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Janvier à 19:40

    Humour quand tu nous tiens!!! lool

    L'humour est une cuirasse en métal de protection, une arme, une facon parfois de désamorcer des situations tendues ou faire passer un message. Ne pas rire une journée est une journée perdue. L'humour est qui plus est bon pour la santé, ca a plein de vertu. Les gens sans humour m'ennuient profondément, ils sont vide de personnalités je trouve.

    "L'humour c'est la décontraction de l'intelligence" pour citer Gainsbourg.

    J'aime toutes les formes d'humour: grotesque, noir, potache, décalé, fin comme celui de Benny Hill dont je suis un grand admirateur (entre autre). 

    L'humour est dénonciateur, révélateur d'une vérité caché, d'un système sociale dans lequel on vit. Il doit être subversif, révolutionnaire, c'est une contre-culture. Quand l'humour est censuré, la dictature commence.

    L'humour fin est une compréhension subtile délicate, d'intelligence qui passe inaperçu au premier abord  pour le comprendre, c'est l'une des formes a mon sens les plus dures a discerner mais quand on réfléchi a son sens c'est dévastateur, c'est un tir a balle réelles lool .

      • Mardi 25 Janvier à 12:14

        On s'est bien compris ;)

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