• Le privilège américain

    Article de Caitlin Johnstone traduit par Ey@el

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    Afin de dissiper tout malentendu potentiel, j'aimerais vraiment mettre les choses au clair : je ne suis absolument PAS américanophobe ! Ceci s'adresse surtout au lecteur de passage qui aurait suivi un lien au hasard parce que tout ceux qui me lisent depuis le pays de l'Oncle Sam (et au vu des stats vous êtes nombreux et je vous en remercie) l'ont certainement bien compris depuis longtemps. Pas plus que critiquer la politique génocidaire d'Israël ne fait de moi une antisémite même si une bande d'abrutis autoproclamés (de quoi ?!) décréteront vraisemblablement le contraire. En général, l'argument du grand-oncle GI et du prénom hébreu suffit à en calmer certains (c'est dire à quoi tient). Sinon, pour les cas désespérés, je n'ai pas de solution. Désolée, nous ne vibrons pas dans la même gamme de fréquences !

    Suivant l'exemple israélien de bloquer l'entrée à quiconque pouvant même être suspecté, au sens large, de soutenir un boycott, les États-Unis pensent désormais qu'ils devraient refuser l'accès à toute personne critiquant la politique du gouvernement américain, ce qui constitue un revirement par rapport à l'approche précédente qui considérait les opinions politiques comme argument proscrit à la justification d'un refus de visa. En réaction aux pressions de la Maison-Blanche, le ministère américain de la sécurité intérieure (DHS) estime aujourd'hui être en mesure d’identifier correctement une intention hostile à partir de la totalité du contenu d'un téléphone ou d'un ordinateur portable, même si les documents en question ne sont manifestement pas du fait du propriétaire de l'appareil. En d'autres termes, si un voyageur (ou une voyageuse) a reçu un courriel de quelqu'un d'autre se plaignant du comportement du gouvernement des États-Unis, il (ou elle) est responsable de son contenu. (Source)

    Après ça, si je ne suis pas bannie à vie — ou pour plusieurs même...

    Ey@el

    Les Libéraux et les Progressistes américains évoquent brièvement le privilège de la race blanche, de la masculinité, de l'hétérosexualité, etc., mais jamais on ne les entend parler de celui de la nationalité américaine qui permet d'entretenir une relation au monde dont ne jouit pas le reste d'entre nous.

    Le privilège américain, c'est se rassurer en se disant qu'il y a suffisamment de problèmes à la maison sans avoir besoin de se soucier des milliards dépensés par la machine de guerre du gouvernement pour répandre la terreur sur toute la planète et l'encercler de ses bases militaires.

    Le privilège américain, c'est accorder à contrecœur au chef suprême potentiel huit minutes de conversation sur la politique étrangère durant les débats des primaires alors que sur le plan fonctionnel, c'est la politique militaire de son pays qui impose sa volonté au reste du monde.

    Le privilège américain, c'est contester la légalité des armes d'assaut au prétexte que ce sont des « armes de guerre », insinuant qu'il n'y a aucun problème tant qu'elles servent à tuer des gosses à l'étranger.

    Le privilège américain, c'est être en mesure de prendre son pied en manifestant son addiction à l'indignation à propos d'une blague raciste tout en faisant fi du meurtre de dizaines de milliers de personnes de couleur perpétré par ses militaires chaque année.

    Le privilège américain, c'est pouvoir péter les plombs quand quelqu'un emploie les mauvais pronoms tout en ne tenant aucun compte du fait que son gouvernement reverse ses ressources et l'argent de ses impôts à des des groupes ou régimes qui pendent les homosexuels sur la place publique.

    Le privilège américain, c'est croire que sa propagande est la vérité et que toute autre interprétation du monde est mensongère.

    Le privilège américain, c'est partir du principe que sa sexualité puritaine et pudibonde est normale et saine et qu'il n'y a aucun mal à faire pression pour que tous les réseaux sociaux anglophones adhèrent à vos sinistres critères « téton-phobes ».

    Le privilège américain, c'est dire aux étrangers de ne pas se mêler de votre politique quand cette dernière les tue au sens propre.

    Le privilège américain, c'est faire un caca nerveux à propos d'une ingérence électorale sur les réseaux sociaux tout en léchant les bottes au changement de régime dans le poste suivant.

    Le privilège américain, c'est déclencher une guerre sur un mensonge sans être accusé de crime de guerre.

    Le privilège américain, c'est commettre des crimes de guerre en toute impunité et en même temps jeter en prison les lanceurs d'alerte et les journalistes qui les révèlent tout en continuant de se considérer comme les gentils.

    Le privilège américain, c'est pouvoir passer une journée entière à débattre en ligne de politique intérieure tandis que dans l'incapacité totale d'influencer l'attitude de votre gouvernement, le reste du monde prie pour qu'on ne se fasse pas tous tuer.

    Le privilège américain, c'est se mobiliser vigoureusement contre la guerre quand ses propres citoyens encourent le risque de se faire enrôler, puis d'oublier complètement la paix pendant des décennies tandis qu'une force armée toujours plus robotisée vous procure une plus grande tranquillité d'esprit.

    Le privilège américain, c'est se résigner à la guerre parce ses soldats sont remplacés par des drones et des milices mandataires dans les conflits orchestrés par les États-Unis même s'ils éliminent les gens aussi bien que des machines à tuer manuelles.

    Le privilège américain, c'est pratiquer l'omerta totale sur les positions impérialistes détestables de candidats progressistes comme Bernie Sanders en raison de la respectabilité de leur politique intérieure.

    Le privilège américain, c'est manifester avec les Black Blocs contre les apparitions publiques de personnalités telles que Milo Yiannopoulos et les Proud Boys alors que des porcs belliqueux meurtriers comme Bill Kristol, Henry Kissinger, John Bolton, David Frum et les dirigeants de l'industrie de l'armement ne sont jamais inquiétés.

    Le privilège américain, c'est profiter de marchandises et de pétrole bon marché et d'un dollar fort sans jamais se poser la question de savoir combien d'innocents étrangers ont perdu leur vie et leur foyer dans les guerres provoquées par son gouvernement pour qu'il en soit ainsi.

    Le privilège américain, c'est vivre dans une nation dont le gouvernement peut assassiner du jour au lendemain une famille entière avec des explosifs balancés du ciel sans jamais en entendre parler parce que ce n'est pas considéré comme un événement médiatique.

    Le privilège américain, c'est faire partie de l'un des pays les moins visités au monde tout en ayant des bases militaires dans des pays dont la plupart des Américains n'ont jamais entendu parler et n'ont encore moins visité.

    Le privilège américain, c'est faire de sa culture insensée une norme dans le monde entier par le biais d'Hollywood et des autres médias de sorte que personne ne se pose un instant la question du pourquoi on laisse cette nation de tarés diriger notre planète et ne vous fasse éprouver un malaise quant à ce privilège.

    Le privilège américain, c'est vivre dans une nation qui se sert de sa puissance militaire et économique pour terroriser, assassiner, emprisonner, affamer et appauvrir quiconque s'oppose à ses intérêts et ne pas ressentir le besoin pressant d'y mettre un terme.

    Le privilège américain, c'est accepter d'être le numéro un mondial sans trop s'inquiéter de ce que cela peut bien signifier.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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