• Les sept piliers de la Matrice

    Article de Robert Bonomo traduit par Ey@el

    Available in English

    Qu'est-ce donc que la « Matrice » ? Voici comment Morpheus l'explique à Neo dans le film Matrix (1999).

    Du cinéma pour préparer à Platon, aurait dit Pascal, s’il avait su.
    ~ Alain Badiou, "Matrix, machine philosophique"

    Le terme « Matrice » aurait été utilisé pour la première fois dans ce sens dans un épisode de la série Doctor Who. L'allégorie de la pilule rouge et de la pilule bleue, présentée dans cette scène culte, a très vite été reprise par la plupart des chercheurs de vérité et est devenue en quelque sorte leur leitmotiv. D'ailleurs, peu après la parution de son ouvrage intitulé Les Enfants de la Matrice, la page d'accueil du site de David Icke invitait le lecteur à choisir l'une ou l'autre avant de pouvoir accéder au contenu proposé.

    Ey@el

    Il n'y a pas plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être.
    ~ Goethe

    Baptisé, « corporatisé » et aseptisé, l'homme d'aujourd'hui n'a que rarement l'occasion de se demander qui il est et lorsque c'est le cas, la réponse typique serait plutôt du style : « Je suis chef de produit au sein d'une grande chaîne de distribution, marié à Betty, père de Johnny, démocrate, supporter des Steelers1 et luthérien ».

    Ses réponses reflètent non seulement ses convictions mais également les nombreuses responsabilités, règles et limitations auxquelles il est assujetti. Peu, s'il en est, n'ont jamais fait l'objet d'une négociation et lui ont été imposées. Pourtant il continue de se croire libre.

    Mais ce qualificatif lui convient-il ? « Primate moderne domestiqué » ne lui serait-il pas plus adapté ? Depuis toujours, on lui dit quoi faire, quoi croire, quoi penser et quoi ressentir. Un éleveur très malin a produit des milliards d'êtres semblables aux quatre coins du monde et s'est constitué le cheptel le plus rentable que l'on puisse imaginer. Ils travaillent pour lui, se battent pour lui, meurent pour lui, gobent ses histoires les plus rocambolesques, rient de ses plaisanteries et ne sortent que très rarement des rangs. Lorsque l'homme domestique s'avise à enfreindre la moindre règle, des militaires, des geôliers, des psychiatres et des bureaucrates sont là, prêts à tuer, incarcérer, droguer ou harceler le transgresseur jusqu'à ce qu'il se soumette.

    L'un des aspects les plus fascinants de sa situation est que la vision des bovins, des moutons ou des porcs qui atterrissent dans son assiette ne l'amène jamais à la conclusion très simple qu'il n'est rien d'autre qu'une version parlante de ces animaux, parqué et piloté sa vie durant. Comment est-ce possible ? Seuls les animaux vivant en groupes hiérarchiques peuvent être dominés par l'homme. Tout l'art consiste à les tromper en leur faisant croire que le chef de la meute ou du troupeau est le personne qui les assujettit. Lorsque le tour est joué, les animaux sont sous l'autorité pleine et entière de leur maître Homo sapiens. L'homme domestique n'est pas différent — organisé, à l’origine, en groupes avec une hiérarchie stricte et ne comportant pas plus de 150 individus au maximum, ce fut chose aisée de remplacer le chef de ces petits clans par une figure globale telle qu'un dieu, un roi, un président, un PDG, etc.

    La méthode utilisée pour créer cette race moderne extrêmement loyale et obéissante qu'est l'Homo domesticus se résume à sept piliers par le biais desquels une immense matrice emprisonne les singes parlants et leur conscience en les piégeant dans un maillage complexe dont rares sont ceux qui parviennent à s'en échapper. Ce système est si perfectionné que ceux qui parviennent à s'en dépêtrer et à sortir du filet se font immédiatement taxer de malades mentaux — on les accuse d'être antisociaux ou, plus simplement, on les traite de ratés qui n'arrivent pas à accepter la « complexité de la vie moderne » c.à.d. des cinglés de théoriciens du complot.

    Platon décrit cela avec brio dans son Allégorie de la caverne (téléchargeable en français ICI) dans laquelle les gens ne perçoivent que les ombres artificielles des objets, des institutions, des dieux et des concepts :

    Imagine des hommes dans une grotte, dont l’entrée est longue. Ils y vivent depuis toujours, les jambes et la nuque attachées, ce qui  les empêche complètement de bouger. Ils ne peuvent tourner la tête et regardent toujours droit devant. Loin derrière et plus haut qu’eux brûle un feu dont la lumière leur parvient. Entre le feu et ces hommes, il y a une mute le long de laquelle un muret a été élevé, comme le muret derrière lequel se cachent les marionnettistes.

    Tout a démarré avec la parole, qui a modifié pour toujours l'aptitude des hommes à se manipuler les uns les autres. Avant le langage, chaque sensation était perçue directement par les sens sans le filtre des mots. Mais il y a environ 50 000 ans, il a commencé à remplacer la réalité et les premiers éléments de code furent mis en place pour l'élaboration de la Matrice. Dès que les mots se mirent à affluer, le monde fut divisé et de cette fracture naquirent l'angoisse et l'asservissement de l'homme. Ils sont à l'origine de notre séparation d'avec qui nous étions véritablement et de la création du premier écran sur lequel furent projetées les images de la caverne de Platon. Comme le dit si bien Gurdjieff2 :

    L'identification est le principal obstacle au rappel de soi. Celui qui s'identifie à quoi que ce soit est incapable de se rappeler qui il est. 

    Ce n'est pas un hasard si, dans Les Âges de l'humanité d'Hésiode, l'Âge d'or ne connut pas l'agriculture qui n'apparut qu'à l'Âge d'argent ni si dès l'Âge de bronze, les thèmes dominants sont le labeur et les conflits. Les deux éléments clés de l'asservissement de l'homme furent manifestement le langage et l'agriculture. Dans une société de chasseurs et de cueilleurs, pour se débarrasser du chef il suffisait juste de lancer une balle rapide qui l'atteindrait en pleine tête. Ce ne fut qu'avec l'arrivée de l'agriculture qu'il fut possible de créer des contrôleurs et des propagandistes à plein temps, rendant ainsi l'asservissement incontournable.

    La quête de l'illumination aboutit rarement, voire jamais, dans ces temples de la paroles que sont nos écoles et nos universités. Dans la plupart des traditions, l'isolement et le silence sont les seules voies indiquées pour parvenir à l'éveil et constituent les seuls antidotes à l'esclavage moderne. Comme l'a écrit Aristote :

    Quiconque se complait dans la solitude ne peut être qu'une bête sauvage ou un dieu.

    Ainsi depuis cette institution où nous nous faisons impitoyablement bombarder de paroles et enchainer au temps, nous amorçons notre descente via les sept piliers de la Matrice.

    L'éducation


    © David Dees

    Il y a certaines choses que nous savons faire dès la naissance comme manger, rire ou pleurer ainsi que d'autres que nous acquérons sans grande difficulté comme marcher, parler et batailler, mais sans une éducation rigoureuse dispensée par les institutions, il nous est impossible de devenir un membre à part entière de la Matrice. Il faut que nous soyons endoctrinés, envoyés dans un de ses camps d'entrainement que sont, bien sûr, les écoles. Comment pourrait-on autrement prendre un chasseur et le transformer en esclave corporatif soumis aux horloges, aux innombrables patrons, à la monotonie et à l'uniformité ?

    Les enfants savent naturellement qui ils sont et n'ont aucune angoisse existentielle, mais les écoles commencent immédiatement par leur faire comprendre l'intérêt des horaires, des règlements, des listes et des notes qui conduisent inéluctablement les élèves vers le concept de qui ils ne sont pas. Nous enfonçons cela dans le crâne des petits jusqu'à ce qu'ils apprennent à compter l'argent, à lire l'heure, à mesurer leurs progrès, à se tenir en rang, à se taire et à accepter de se soumettre. On leur enseigne qu'ils ne sont pas libres et qu'une multitude de fossés, de noms et de langues les isolent d'autrui et du monde.

    On ne répétera jamais assez combien l'éducation ne fait que formater l'esprit des gens en leur inculquant les horaires et une identité qu'on les force à assumer. Quel enfant, lors de sa toute première journée d'école, n'a-t-il jamais marqué un temps d'arrêt en s'entendant appeler par ses nom et prénom ?

    Comme si le langage n'était pas suffisamment abstrait en soi — rien ne doit échapper à la catégorisation. Suzy ne peut se contenter d'être Suzy — elle est citoyenne d'un pays et d'un état, membre d'une religion et le produit d'une civilisation dont bon nombre ont leur drapeau, leur mascotte, leur armée, leur uniforme, leur monnaie et leur langue. Une fois ces derniers assimilés, on peut passer à l'histoire — ces grandes épopées mythiques inventées de toute pièce dont on a si commodément tissé les archétypes venus, au fil des siècles, consolider cette matrice dans l'esprit des enfants.

    Même la langue qu'elle parle pourtant sans difficulté doit être déconstruite. Une pomme ne sera jamais plus une simple pomme ; elle deviendra un nom, un sujet ou bien un objet. Rien n'y échappera, tout doit être dépecé et réexpliqué aux enfants dans la langue de la Matrice.

    Durant les douze et quelques années de notre institutionnalisation et de notre conditionnement à l'esclavage, rien de véritablement utile ne nous est enseigné comme la cuisine, l'agriculture, la chasse, la construction, la cueillette, le rire ou le jeu. La seule chose que l'on nous apprend est comment vivre en respectant des horaires et en se conformant aux comportements pré-établis qui nous permettront de faire carrière dans l'« esclavageocratie ».

    Le gouvernement

    Dans les pays qui se targuent d'être démocratiques, on adhère souvent au concept d'une gouvernance créée pour servir le peuple. Les gouvernements, à l'instar des lois qu'ils établissent et mettent en œuvre, contrôlent la société par le biais des institutions dans l'intérêt de ceux qui ont pris le pouvoir. Il en a toujours été et il en sera toujours ainsi. Avant l'avènement de la démocratie, il était plus facile d'identifier ceux qui détenaient le pouvoir alors que le génie de ces gigantesques états d'aujourd'hui repose sur la superposition des innombrables couches de corporocratie et de groupes d'intérêts qui dissimulent savamment l'identité de ceux qui sont véritablement aux manettes de cet énorme dispositif de commande.

    Les fonctions de l'état sont si bien appuyées par les versions dogmatiques de l'histoire telle qu'on l'enseigne à l'école que pratiquement personne ne se demande pourquoi, à l'ère post-industrielle, nous avons besoin d'un gouvernement qui fasse plus que le strict minimum pour maintenir l'ordre. En cours d'histoire, on ne montre jamais du doigt les gouvernements eux-mêmes comme étant les propagateurs et les instigateurs des guerres, des génocides, des famines et de la corruption. Dans la version hollywoodienne assimilée par un plus grand nombre de personnes, on y montre toujours les « gentils » en train de combattre les « méchants ». Ce n'est pas demain la veille où l'on verra un film dans lequel les peuples des deux côtés se désolidariseront de leurs gouvernements respectifs en ignorant leurs appels à la violence.

    L'appareil étatique repose sur la loi qui est un contrat liant les populations à un organisme mis en place pour gérer les besoins courants, soit un échange de souveraineté entre le peuple et l'état. Cela semble raisonnable, mais lorsque l'on examine les massacres à grande échelle perpétués au XXe siècle, les états en sont toujours, pratiquement sans exception, les auteurs.

    La perte de leur autonomie en tant qu'êtres humains est le seul droit acquis offert aux citoyens des nations modernes. Ils n'ont jamais le choix. Cela leur est présenté comme une liberté et un privilège alors qu'il s'agit en fait d'un contrat de servitude qui les lie à un appareil étatique et à la corporocratie qui le contrôle.

    Le patriotisme


    © David Dees

    Le patriotisme est une pure abstraction, un mécanisme de contrôle social totalement artificiel. On enseigne aux peuples à accorder davantage d'importance à leurs compatriotes qu'à leurs origines ethniques, leur race ou leur religion. On doit se débarrasser des liens du sang en leur préférant le grand état corporatiste. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont conditionnés comme des chiens de Pavlov à adorer l'attirail étatique et à le percevoir comme un semi-dieu mystique.

    Qu'est-ce qu'un pays ? Si l'on prend l'exemple des États-Unis, qu'est donc que cette entité ? Est-ce l'USPS, le FDA3 ou bien la CIA ? Est-ce qu'aimer son pays présuppose que l'on doive aimer l'IRS et la NSA4 ? Devrions-nous avoir une opinion différente des gens selon qu'ils viennent de Vancouver plutôt que de Seattle ? Aimer un état revient à aimer des corporations à la différence que pour ces dernières, il n'y a toujours rien de déshonorant à n'afficher aucune dévotion sentimentale manifeste à leurs marques et il est heureux, du moins pour l'instant, que nous ne leur soyons pas, dès la naissance, redevables de toute une vie de services dont nous n'avons, pour la plupart, ni besoin ni désir.

    On nous bourre le crâne avec les drapeaux, la version hollywoodienne de l'histoire et le culte présidentiel pour entretenir l'illusion de l'« autre » en obligeant  les « étrangers/terroristes/extrémistes » a porter les stigmates de nos projections. L'énergie tribale archaïque qui unissait les petits groupes et les aidait à repousser les bêtes sauvages et les hardes faméliques s'est transformée en baguette magique entre les mains des maîtres de la matrice. On agite les drapeaux et nous réagissons comme des labradors affamés sautant après une côte de bœuf bien saignante qu'on leur balancerait devant le nez. La propagande étatiste sentimentale n'est rien d'autre que le protège-dents qui sert à atténuer les secousses de notre traitement collectif aux électrochocs.

    La religion

    Malgré la puissance des sectes patriotiques, le besoin d'une dimension supérieure s'est toujours fait ressentir. Le mot « religion » vient du latin « re-ligare » et signifie se reconnecter. Mais se reconnecter à quoi au juste ? La question avant l'existence même de toutes les religions est de quoi avons-nous été déconnectés ? L'endoctrinement et l'aliénation afin de devenir un membre esclave a un prix ; le niveau d'abstraction et la déconnexion de tout semblant d'humanité transforment les gens en robots nihilistes. Aucune ferveur patriotique ne peut remplacer le fait d'avoir une âme. Les drapeaux et les leçons d'histoire ne peuvent offrir qu'un répit momentané au vide de la Matrice et c'est pour cette raison que l'on a besoin de prêtres.

    La connexion spirituelle originale de l'homme à l'univers a commencé à se dissoudre dans la dualité avec l'introduction du langage et au moment où les cités et les armées permanentes firent leur apparition, il a éprouvé le besoin de se reconnecter, d'où nos religions reposant sur la foi. La foi dans les expériences religieuses des sages ou comme le formule William James, la foi dans la capacité d'un tiers à établir la connexion. Les liturgies de nos religions établies offrent bien entendu du réconfort et une connexion mais, dans l'ensemble, elles ne servent qu'à renforcer la cohésion de la Matrice. Un bref survol de l'actualité suffira à démontrer clairement que leur « Dieu » a l'air plus à l'aise au beau milieu des champs de la mort.

    Si l'on se base sur les religions abrahamiques, nous avons un dieu semblable à l'état et qui a besoin qu'on l'aime. Il est jaloux des autres dieux censés ne pas exister et est aussi sociopathe que les dirigeants qui le vénèrent. C'est avec des hordes d'anges de la mort qu'il écrase ses ennemis tout comme les
    gouvernements qui le soudoient pour qu'il nous extermine avec des révolutions culturelles, des bombes atomiques, la télévision ou le napalm. Leur hymne est « Aimez votre pays, son drapeau, son histoire et le Dieu qui a créé tout ceci » — la force éthique qui alimente chaque nouvelle génération.

    Le cirque

    Ce qui est dommage avec le cirque, c'est qu'il n'est, en général, même pas distrayant. On dit aux esclaves qu'il est l'heure de s'amuser et ils se déplacent en troupeau pour aller remplir les stades, les clubs, les cinémas ou se contentent de regarder fixement leurs appareils électriques en s'imaginant être divertis par une propagande vulgaire.

    Tant que l'Homo domesticus entre dans le box adéquat, qu'il saute quand on le lui demande et est sincèrement persuadé de s'amuser, c'est un bon esclave qui mérite ses deux jours de congé hebdomadaires et ses quinze jours de vacances à la ferme désignée où on le soulagera de tout l’excédent d'or qu'il aura pu accumuler au cours de l'année. Lorsqu'il sera devenu trop vieux pour travailler et qu'on l'aura mis au rancart, on disposera stratégiquement des trous à proximité afin qu'avec son épouse, ils puissent dépenser leurs derniers dollars à essayer d'y faire entrer une petite balle blanche.

    Chaque jour, après avoir tiré le maximum de lui en le gavant de caféine, on le met devant un écran avec une boisson approuvée par la Matrice (de l'alcool) où on le ré-endoctrine pendant des heures avant de recommencer le même cycle encore et encore. Que Dieu nous garde de prendre des hallucinogènes et d'avoir des pensées originales. Nous sommes fort heureusement à l'abri de toute substance susceptible de nous réveiller et encouragés à nous cantonner à l'alcool. La matrice adore le café du matin, la tord-boyau du soir et les pensées non authentiques de l'entre-deux.

    À un niveau plus fondamental, nous sommes fascinés par les contours d'un corps parfait et rêvons d'un « amour idéal » où nos journées seraient remplies de douces caresses, de mots tendres et de drames hollywoodiens. C'est sans doute le plus sublime des pièges de la Matrice car les charmes de Vénus sont si convaincants que l'on est prêt à tout laisser tomber pour sa promesse sournoise. On nous fait miroiter l'amour romantique comme une carotte en se jouant de nous pour nous mener sur une voie parsemée de mensonges enrobés de sentimentalisme et de consumérisme insensé.

    L'argent


    © David Dees

    L'argent est leur plus brillante réalisation. Des milliards de personnes passent la majeure partie de leur vie éveillée à le gagner ou à le dépenser sans jamais comprendre en quoi il consiste en réalité. Dans ce monde holographique, la seule chose que nous puissions faire sans argent est respirer. Pour la quasi totalité des autres activités humaines, il faut payer — qu'il s'agisse de manger, de boire, de s'habiller ou de trouver un partenaire. Si la religion découle de la spiritualité naturelle et le patriotisme de la tribu, l'argent est leur invention pure — l'outil le plus formidable et leur plus efficace à leur disposition pour nous domestiquer.

    Ils ont convaincu les esclaves qu'il avait une valeur intrinsèque puisqu'à un moment donné dans le passé, ce fut le cas. Dès qu'ils furent en mesure de le détacher de tout hormis de leurs ordinateurs, ils ont finalement pris le contrôle absolu, verrouillé la dernière porte et électrifié toute la clôture. Ils l'ont ingénieusement imprimé à partir de rien et le prêtent avec des intérêts afin que les jeunes de 18 ans puissent passer quatre années à boire et à mémoriser leur propagande en contractant une dette financière dont ils ne verront probablement jamais la fin.

    Lorsque l'Américain moyen atteint l'age de trente ans, sa dette est si élevée qu'il abandonne tout espoir de s'en délivrer et saisit à bras-le-corps les emprunts hypothécaires, les cartes de crédits, les prêts-étudiant et les prêts-auto comme s'il s'agissait de cadeaux d'un grand bienfaiteur. Il se demande rarement pourquoi il doit travailler pour gagner de l'argent alors qu'il suffit aux banques de le créer en quelques clics. S'il imprimait quelques billets avec son imprimante et les prêtait à ses voisins en leur prélevant des intérêts, il finirait au pénitencier mais pas nos amis de Wall Street qui font cela et se retrouvent à tirer les ficelles depuis la Maison Blanche. Tout le génie de l'arnaque monétaire réside dans son évidence. Quand on lui raconte que les banques créent de l'argent à partir de rien tout en se faisant payer des intérêts, le bon peuple se montre incrédule. « Ça ne peut pas être aussi simple ! » Et c'est là le hic : personne ne veut croire qu'il s'est fait asservir aussi facilement.

    La culture

    La culture est une tentative de retenir le mystère pour le remplacer par un mythe.
    ~ Terence McKenna

    Comme Terence se plaisait à dire :  « la culture n'est pas votre amie ». Elle sert de tampon aux expériences véritables. En créant des communautés de plus en plus vastes, ils ont remplacé l'expérience spirituelle directe des chamans par la religion sacerdotale. Le son des tambours et la sueur ont été troqués contre le bruit numérisé des corporations. Les légendes locales ont cédé la place aux blockbusters hollywoodiens, la pensée critique au dogme académique.

    Si l'argent constitue les chaines de la matrice, la culture en est le système d'exploitation. Filtrée, centralisée, incroyablement manipulatrice, elle assure la cohésion de tous leurs mythes entre eux en un grand récit unique de contrôle social auquel seules les âmes les plus braves tentent jamais d'échapper. La manipulation est relativement facile à observer lorsque l'on examine le patriotisme, la religion ou l'argent. Mais considérée dans son ensemble, notre culture semble aussi naturelle et intemporelle que l'air que nous respirons, tellement indissociable de notre conception de nous-mêmes qu'il est souvent difficile de discerner les tenants de notre culture et les aboutissements de notre individualité.

    Échapper à l'emprise de la domination

    D'aucuns pourraient se demander pourquoi on ne parle pas de ce réseau de contrôle omniprésent et la raison pour laquelle le sujet n'est pas abordé par nos « grands esprits ». Peter Kingsley, un spécialiste présocratique nous fournit une bonne explication à cela :

    Tout devient clair dès lors que l'on accepte le fait que les érudits dans leur ensemble ne se soucient pas de découvrir ni même de chercher la vérité. Ils servent juste de décor. Ce qui leur importe est uniquement de nous protéger des vérités qui pourraient menacer notre sécurité ; ils y parviennent en perpétuant nos illusions collectives à un niveau bien plus profond que les chercheurs individuels n'en ont conscience.

    Il est évident que celui qui a découvert l'eau n'était pas un poisson. Il faut du courage pour en sortir ou quitter la caverne de Platon en sachant qu'il existe quelque chose au-delà du réseau de contrôle. Il y a 2300 ans, dans son Allégorie de la caverne, Platon expliquait qu'abandonner la Matrice était un processus lent et infernal comparable à la traversée d'une plage ensoleillée après avoir passé des années dans un sous-sol à regarder du kabuki5.

    Comment peut-on expliquer cet éveil ? Comment décrivez-vous la sensation que procure le fait de nager dans l'océan au crépuscule à quelqu'un qui n'a jamais vu d'eau ? C'est impossible mais vous pouvez lui entrebâiller une fenêtre et s'il y en a suffisamment d'ouvertes, l'illusion commencera à perdre son éclat.

    À propos de l'auteur

    Robert Bonomo tient un blog, écrit des romans et s'intéresse à l'ésotérisme. Téléchargez gratuitement son dernier roman, Your Love Incomplete (en anglais) ICI.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
    © lapensinemutine.eklablog.com

    Notes et références

    1. ^ Les Steelers sont une célèbre équipe de football américain de Pittsburgh en Pennsylvanie.
    2. ^ George Gurdjieff est une célèbre figure de l'ésotérisme de la première moitié du XXe siècle.
    3. ^ L'USPS est l'Administration des postes des États-Unis d'Amérique connu sous l'ancien nom US Mail, tel qu'il est prévu par la constitution américaine. Le FDA est l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux.
    4. ^ L'IRS est le fisc américain. La NSA (Agence nationale de la sécurité) est un organisme gouvernemental du département de la Défense des États-Unis, responsable du renseignement d'origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d'information et de traitement des données du gouvernement américain.
    5. ^ Le kabuki est la forme épique du théâtre japonais traditionnel, le nô.

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  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Août 2014 à 18:04

    Mmmmméééééééhhhhheeeuuuuuuuuuu, y'avait déjà la matrice au temps de néandertal ? LoL

     

    Alors sinon en ce qui concerne " ... la vision des bovins, des moutons ou des porcs qui atterrissent dans son assiette ...", il est vrai que perso je préfère les voir atterrir DANS mon assiette que SUR mon assiette, c'est plus pratique à consommer PTDR

     

    2
    Lundi 18 Août 2014 à 19:09

    C'est que ça dépend dans quel pays tu te trouves. En Belgique, j'ai déjà entendu des gens dire qu'il fallait monter « sur le train ». Je ne sais pas si c'était avant ou après être allés au pub mais comme il existe des tas de nuances linguistiques amusantes, je dirais que c'est comme « savoir » et « pouvoir ». Quand un Belge vous dit  qu'il ne sait pas faire quelque chose, ce n'est pas qu'il en est incapable mais qu'il ne peut pas pour une raison qu'il précisera ou pas. Au début, ça crée des quiproquos. Après on s'adapte.

    3
    Mercredi 20 Août 2014 à 15:00

    [cliché ON]

    Voui mébon© les belges c'est pas étonnant qu'ils montent SUR le train PTDR

    [cliché OFF]

     

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