• Polaroid Android : La Belle Verte

    Article d'Ey@el

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    Polaroid Android

    Une planète bleue luxuriante
    Et des fleuves tumultueux
    Qui seront déviés vers le sud,
    Il n'en restera plus ni pour vous ni pour moi,
    Ne renoncez pas.

    ♫ "Explorers", Muse (2012)

    Attention coup de cœur ! J'ai récemment eu le bonheur de découvrir, sur Internet, une comédie française bien sympathique que je vais essayer de vous présenter à mon tour sans trop vous révéler l'intrigue afin de ne pas gâcher votre plaisir.

    Très mal reçu et fort critiqué à sa sortie en 1996 (soit onze ans après le succès international de Trois hommes et un couffin) — car certainement trop en avance sur son temps — La Belle Verte de Coline Serreau aurait dû sombrer dans l'oubli. Mais c'était sans compter sur la magie d'Internet et l'éveil des consciences qui ont su lui redonner un second souffle et en faire un film culte, sous-titré en de nombreuses langues et vu près de 3,5 millions de fois. Sans doute parce que ce film est probablement le seul film français actuel à parler de la nature, de l'environnement et de l'importance de la végétation dans notre quotidien.

    J’ai eu envie de tourner un film fou, sur l’utopie, qui questionnerait notre système à sa racine. Après un travail théorique qui m’a occupée longtemps, après avoir rempli des cahiers de notes, de scènes, de réflexions, d’essais infructueux, après m’être posé tant de questions que je n’entendais même plus les réponses, la phase d’écriture est arrivée, guidée par le mouvement serein des arbres. Le scénario fini, les réactions ont été très contrastées. Le producteur, Alain Sarde, m’a fait part des réticences des divers partenaires qui devaient financer ce projet. « Voulez-vous vraiment tourner ce film ? », m’a-t-il demandé. Et j’ai dit oui, avec enthousiasme. Le film sort. Échec cuisant. Personne n’aime, personne ne va voir, les critiques me ridiculisent, le métier ne comprend rien à cet ovni. Mais un film n’est jamais mort. Au fil des années, La Belle Verte s’est mise à exister envers et contre tout, à grandir, à s’imposer, comme un être vivant, par le besoin que les gens avaient d’elle et de ce qu’elle criait au monde. Des sites sont apparus sur Internet, des clubs Belle Verte, des groupes de gens qui se réunissaient pour regarder le film ensemble et en parler. Étais-je en avance ? Sommes-nous au bord d’un tel gouffre qu’il nous faille mettre radicalement en question toutes nos valeurs comme le fait ce film, pour pouvoir inventer une nouvelle société ?

    ~ Coline Serreau

    La Belle Verte est une planète lointaine semblable à la Terre, recouverte d'une végétation luxuriante et sur laquelle des êtres ressemblant en tous points aux humains vivent dans la paix et la béatitude. Exit les usines, le travail, la compétition, les hiérarchies, le stress et autres luttes de pouvoir. Place à l'harmonie, au calme, aux concerts de silence dans un monde plus simple et débarrassé des valeurs factices et asservissantes de nos vies modernes. Mila (Coline Serreau) est la seule à se porter volontaire pour aller voir où en sont les Terriens depuis la Révolution française. Elle débarque (littéralement) de sa bulle en bordure de périphérique dans un Paris pollué, irrespirable et jonché de crottes de chien, où les gens se croisent sans se voir et n'interagissent que pour s'insulter les uns les autres. Le ressort comique du film repose principalement sur la faculté de Mila à « déconnecter » les Terriens, non pas pour les sortir de la réalité mais pour les débrancher de la Matrice qui les vampirise, les nourrit et les empoisonne tout à la fois. En les libérant de cette illusion, elle leur permet d'exprimer leur vraie nature et leurs besoins véritables, ce qui donne lieu à des situations très cocasses comme transformer un match de foot en ballet classique ou faire dire la vérité à des politiciens en direct. À l'image de ces quelques scènes censurées.

    Ce qui est remis en cause c'est en fait toute la structure de la société post-moderne :

    1. La notion de hiérarchie sociale, avec son cortège de supériorité (les chefs), de domination, de compétition sociale.
    2. La valeur prétendue de la technologie comme mesure de l’évolution : « Nous aussi on a eu l’ère industrielle, mais après il y a eu le chaos pré-renaissance du rejet des produits industriels contre tout ce qui pouvait empoisonner la nature et la vie humaine ». D’où le retour à la nature comme achèvement logique de l’évolution.
    3. Le mensonge social et l’absence d’amour comme lien véritable : « Si vous ne mettez pas de rouge à lèvres, on ne vous aime pas ? », « Mais pourquoi restes-tu avec un type comme moi ? Mais pour ton compte en banque mon chéri, c’est tout », « Attention, quand ils sont déconnectés, ils se mettent à parler vrai ! ».
    4. L’argent : « T’as pas de monnaie, t’as rien », « Ils ont encore de la monnaie ? ». Un monde dans lequel les relations seraient fraternelles, ce serait un monde où le don, le prêt, l’échange se feraient sans intermédiaire, comme dans le cadre d’une famille où l’on se prête des choses sans utiliser l’argent.
    5. La télévision comme poison mental : « J’en ai marre de cette télé qui te bouffe la tête, à partir d’aujourd’hui dans cette maison, on se parle ». (Source)

    Voilà, je ne vous en dirai pas plus. Si vous souhaitez voir le film, vous pouvez acheter le DVD ou le trouver sur Internet (souvent sous-titré en d'autres langues), le lien sur Vimeo que je vous avais mis avant publication ayant été retiré depuis.

    Ey@el

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Août à 09:39

    je ne connais pas mais c'est très tentant ! 

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