• Pourrions-nous laisser tomber une bonne fois pour toutes l'expression « un vrai mec » ?

    Article de Mark Guay traduit par Ey@el

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    Diviser pour mieux régner. Tel a toujours été le mot d'ordre de cette société. À tous les niveaux. Ainsi la délicate question du « genre », qui ne devrait jamais se poser, nous est inculquée de force dès notre plus jeune âge où les adultes nous apprennent que les garçons et les filles, ce n'est pas pareil et que ce que les uns ont le droit de faire, les autres ne le peuvent pas. Et tous ceux qui ont le malheur de poser la question bien naturelle du « pourquoi » se voient invariablement répondre que « parce que c'est comme ça, un point c'est tout ».

    J'essaie d'en rire,
    De le dissimuler sous les mensonges.
    J'essaie d'en rire,
    En retenant mes larmes
    Parce qu'un garçon ça ne pleure pas.

     "Boys Don't Cry", The Cure (1979)

    Pas la peine de critiquer les religions, les dogmes sont partout. Transgressez les codes et vous voilà bien vite étiqueté. Briser les complémentarités naturelles pour en faire des antagonismes. Pousser aux extrêmes pour engendrer un déséquilibre. Rompre l'harmonie intérieure pour empêcher la reconnexion. Car au niveau de l'âme, il n'y a pas d'identité sexuelle. Anima et animus n'existent plus. On parle beaucoup de ce que nous les femmes devons endurer dans ce « monde d'hommes » mais il s'avère que les mâles s'y sentent tout aussi mal. Car cette société n'a finalement rien d'humain et incite plutôt les hommes à devenir des caricatures d'eux-mêmes. Rien à voir avec ce à quoi nous aspirons tous : être nous-mêmes. Des êtres à part entière. À la fois uniques et différents et pourtant tellement semblables. Une bonne raison pour en faire le thème de la semaine.

    Ey@el

    J'ai grandi dans ce monde moderne en homme tiraillé entre les dictats de la société pour être un mec viril et les suggestions de mon esprit intuitif quant à ce qui était bon pour moi en tant qu'être humain à part entière.

    Adolescent, j'ai passé des heures à soulever des poids dans une salle de sport pour ressembler à ces types sur les couvertures de Men's Health qui tapissaient les murs de ma chambre. J'ai fait de l'exercice pour développer mes abdos et mes biceps même en sachant que ces traits superficiels ne me conduiraient jamais au bonheur véritable.

    En prenant de l'âge, j'ai un peu laissé tomber les haltères et j'ai appris que j'avais beau travailler dur à me sculpter une musculature, mon corps n'était après tout qu'une enveloppe abritant quelque chose de bien plus important : mon esprit.

    J'adore la bière artisanale. Et cette sensation d'écrasement, dans un match de hockey, lorsque l'on expédie d'un coup de hanche un joueur contre les barrières. Et j'aime toujours faire des « pompes » comme dirait Arnold.

    Mais j'apprécie également le om1, je respecte mon prana2 et j'ai découvert la béatitude par le yoga.

    Ces derniers temps, je prends part à des discussions utiles sur la manière de s'améliorer en tant qu'homme par le biais desquelles je découvre que beaucoup éprouvent la même chose que moi. C'est juste qu'ils ne se sentent pas encore prêts à en parler. Mais, espérons-le, comme de plus en plus se livrent à ces conversations approfondies et constructives, les choses vont changer.

    Comme le souligne, Jean Kilbourne, la sociologue à l'origine de Killing Us Softly (Ce qui nous tue à petit feu), les médias grand public exercent une influence catastrophique sur la manière dont nous définissons notre identité sexuelle. On a vite fait de nous mettre dans les cases de qu'un homme ou une femme doivent être.

    Nous évoluons dans un micmac de contradictions en matière de sexe qui, plus que jamais, sème la confusion chez les adolescents en pleine croissance.

    À l'instar de la femme moderne qui doit endosser à la fois le rôle de PDG de choc impitoyable en affaires et celui de mère aimante et compatissante, les hommes connaissent les mêmes pressions à se conformer à des attentes conflictuelles.

    Au bout d'à peine quelques heures d'immersion médiatique (publicités, personnages de films/télé/romans), voici certaines des contradictions qui en ressortent :

    • L'homme gagne l'argent du ménage mais est obligé de travailler moins longtemps afin de pouvoir être un papa compatissant et non un père ou un mari absent.
    • L'homme est un guerrier et un défenseur par excellence mais il est également sensible, attentionné et plein de compassion.
    • Les hommes sont programmés pour penser (ou fantasmer) en permanence aux femmes mais ne cèdent pas à leurs pulsions animales.

    La liste est longue... (Qu'y ajouteriez-vous ?)

    Cela me fait penser à la découverte majeure du Dr Dan Kindlon dans son documentaire intitulé Raising Cain (L'esprit de Caïn) portant sur les adolescents de sexe masculin. Ses recherches ont permis de prouver que les hommes étaient en fait plus émotifs que les femmes mais qu'on leur apprend à contenir leurs émotions au lieu de les exprimer. Afficher sa tristesse et se montrer vulnérable est trop efféminé dans un monde de plus en plus masculin.

    Mais ne vous contentez pas de le croire sur parole. Allez donc passer quelques jours dans un lycée et observez-y le comportement des ados. Un véritable réservoir à testostérone débordant d'émotion dans lequel les garçons reproduisent les normes ethniques en interpellant les filles et où on leur dit de ne pas pleurer lorsqu'ils se font plaquer sur le terrain de foot et que cela se solde par une blessure douloureuse.

    Le fait que les hommes puissent exprimer leurs émotions et parler ouvertement d'amour est loin d'être encore couramment admis dans les mœurs.

    Mais manifester le véritable amour inconditionnel est la chose la plus virile qu'un mâle puisse faire. Car si pour être un homme il faut assumer l'héritage héroïque et enfiler son attirail de guerrier pour se lancer dans la bataille, ouvrir son cœur à l'amour est l'aventure la plus noble qu'il soit.

    Cela exige la compréhension de vos pensées et de vos actes et vous oblige à analyser les raisons qui vous poussent à prononcer ces paroles et à agir ainsi.  C'est la merveilleuse voie héroïque que de plus en plus d'hommes choisissent d'emprunter. Et je vous invite à nous y rejoindre.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
    © lapensinemutine.eklablog.com

    Notes et références

    1. ^ Syllabe sankrite représentant le son originel, primordial à partir duquel l'Univers serait structuré.
    2. ^ Soufle de vie en sanskrit.

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