• Projet Eklabugs : Giboulée de mars

    Article d'Ey@el

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    Comme on serait en droit de s'y attendre, le thème de cette nouvelle session Eklabugs (la vingtième !) se devrait inspiré, inspirant et flatter la muse puisqu'il s'agit, par définition, de son job : l'inspiration. Le comble serait donc que cette dernière choisisse cette occasion précise pour prendre son congé annuel sans préavis.

    Quand j'ai l'esprit confus,
    Je ne trouve pas les mots.
    J'ai parcouru la moitié du monde pour te dire
    Que tu es ma muse.

     "I Belong To You (Mon cœur s'ouvre à ta voix)", Muse (2010)

    Et comme de juste, l'humour noir étant le dada de la mienne, le sarcasme son cheval de Troie (qui dit mal y pique), cette chienne semble avoir décidé de se recycler dans les courses de lévriers pour me poser un lièvre (de mars). Qu'à cela ne tienne, je vais devoir composer au mieux avec la bestiole remuante qu'elle m'a laissée dans le chapeau — ce qui, à quinze jours de Pâques tombe, ma foi, plutôt bien.

    Ding dingue donc, mettez-la en sourdine !

    1-2-3, je suis tombée dans un trou noir

    ABRACADABRA ! Voici donc une page blanche transformée en oups... page noire !

    « Hé ! C'est pas du jeu » vous allez me dire (mais ne me demandez pas de rembourser car je vous rappelle que vous n'avez rien payé) vu que toutes les pages de ma Pensine sont noires et ce, depuis la nuit des temps (où l'aube du blog). Normal, je suis peut-être excentrique et fêlée de la théière mais je n'en demeure pas moins tout autant pragmatique et prévoyante. Et rien de tel pour se prémunir du risque de la page blanche que d'opter pour des pages noires.

    Vous voici donc tombés avec moi dans un trou noir à la poursuite du lapin blanc (tic tac, tic tac, avez-vous avancé vos pendules dimanche dernier ?). Ce qui, en soi, est toujours plus rassurant que tombés dans un trou blanc à la poursuite d'un lapin noir. Et certainement plus rationnel que tombés dans un lapin blanc à la poursuite d'un trou noir ou que, pire encore, tombés dans un lapin noir à la poursuite d'un trou blanc.

    « Mais ça n'a ni queue ni tête ! »

    Normal, ce terrier est un trou sans fond (ce qui, n'en déplaise au Chapelier, n'est pas du tout la même chose qu'un fond sans trou). Et puis, arrêtez d'avoir l'esprit aussi mal tourné à la fin ! Ce n'est quand même pas de ma faute si j'ai hérité du lièvre de Mars et atterri pour le thé chez les fous dans une boucle temporelle qui tourne perpétuellement en rond alors que dans leur tête, ce n'est visiblement pas le cas. N'empêche que voilà ce qui arrive à force de travailler trop dur du chapeau : ça finit par vous esquinter le mou.

    Il n'a pas besoin de chapeau,
    Il a ces yeux fous
    Qu'il lève au ciel face à l'assemblée
    Et ces histoires pas possibles,
    Ce sourire de vainqueur
    Lorsqu'il sonde ses troupes.
    Il va vous raconter des tas de trucs
    Sur un air jamais entendu
    Mais tellement agréable.

    "Mad Hatter", The Stranglers (1984)

    Vous prendrez bien un nuage d'iodure d'argent dans votre thé, très chers ? Avec un ou deux grêlons ? Je vous en prie, c'est ma tournée.

    Sur les traces du lapin blanc

    Ceci dit à force d'inspirer des absurdités sans jamais prendre le temps d'expirer, ces deux-là deviennent très vite gonflants. Et de peur que vous ne finissiez comme le loir, je vous suggère de nous intéresser plutôt au lapin blanc qui, lui au moins, ne perd pas son temps à parler dans le vide... puisqu'il lui court après (il court après le temps, mais comme le temps n'existe pas, c'est du vide, donc il court aussi après le vide).

    De peur d'expirer trop vite, il poursuit son inspiration aussi loin qu'elle le mènera. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette chasse à la muse l'amuse beaucoup.

    Mais comment fait-il pour la suivre vu qu'il ne la voit pas et qu'il ne sait pas où la trouver ?

    Personne ne sait ce qu'est l'Inspiration,
    Où elle peut bien se cacher ni sa destination.
    Perpétuellement en quête du feu de sa présence,
    Quand elle nous frappe enfin telle un éclair
    Au beau milieu de nos galères,
    Elle s'avère aussi précieuse que le silence.

    "Inspiration", Lone Justice (1986)

    Pour les scientifiques, l'inspiration est « l'action de faire pénétrer de l'air dans ses poumons ». Pour les pragmatiques, elle désigne « une affluence d'idées stimulant l'imagination et la créativité ». Pour les mystiques, il s'agirait plutôt d'une « impulsion d'origine divine ou surnaturelle ». Pour moi, c'est une savante combinaison des trois et mon unique raison d'être.

    Je la reconnais par cette excitation qui s'empare de mon esprit, cette immense joie qui emplit mon cœur et cette sensation d'être portée par quelque chose de bien plus grand que moi. Un peu comme avoir des ailes.

    L'inspiration n'est pas juste artistique ou créative. Elle peut aussi être très pragmatique. Ma foi, Isaac Newton a bien découvert la loi de la gravité en rêvassant sous un pommier et Nikola Tesla l'idée du moteur à courant alternatif en se remémorant un passage de Faust.

    Mon cerveau est juste un récepteur. L'univers a un cœur qui nous fournit la connaissance, la force et l'inspiration. Je n'ai pas percé ses secrets mais je sais que ce cœur existe.

    ~ Nikola Tesla

    Mais comment la trouver ?

    Bonne question. Je n'en sais rien ! Je peux surtout vous dire ce qui, pour moi, la fait fuir : le stress, l'anxiété, la fatigue, la routine, les gens et lieux négatifs, le bruit, trop cogiter, le rationalisme, la logique, l'ego...

    Ou ce qui l'attire : la musique, le yoga, prendre soin de mon corps, la nature (la forêt et la mer), les animaux, les belles choses en général, la créativité des autres, la rêverie éveillée, la relaxation, l'empathie, la solitude...

    Elle vient rarement lorsque je la sollicite mais toujours quand je suis en train de faire autre chose, très souvent en rapport avec la muse-ique (que je l'entende dans les oreilles ou dans ma tête). Elle a le don de débarquer aux moments les plus inopportuns genre au cours d'une séance de yoga où j'essaie une posture compliquée, sous la douche ou dans mon sommeil. Je ne m'en plains pas, elle m'est trop précieuse pour que je la laisse s'enfuir. Aussi je m'arrange toujours pour interrompre ce que je fais afin de noter ce qui me vient à l'esprit car les bonnes idées sont souvent très fugaces. Certains musiciens vous diront même qu'ils se servent d'un dictaphone pour y fredonner une mélodie qui leur trotte soudain dans la tête et ne pas l'oublier.

    Souffle de vie

    L'inspiration serait-elle le souffle divin sans lequel l'artiste qui en serait privé mourrait par asphyxie ?

    Ouvre grand la bouche :
    L'univers soupire
    À mesure que s'étend l'océan.
    C'est ce qui me maintient en vie.

    "Bloom", Radiohead (2011)

    Que l'on ne pourrait trouver qu'en se déconnectant du mental ?

    La transe est un processus naturel à l’être humain qui permet de dépasser ces limites et d’entrer en contact avec la totalité de notre être et avec les mondes invisibles.

    ~ Charles Tart, psychologue américain

    D'aucuns, en tout cas, émettent l'hypothèse (plausible) que l'inspiration serait le fruit d'un état modifié de conscience et que les artistes pourraient avoir « plus de facilité à s’ouvrir sur d’autres dimensions, à avoir des capacités extrasensorielles et à vivre des expériences extraordinaires ».

    Les artistes seraient deux fois plus doués que la moyenne d’entre nous ! Les musiciens, plutôt introvertis et à l’écoute de leurs sentiments intérieurs, sont de bons télépathes ; les acteurs, plutôt extravertis, expriment clairement leurs intuitions ; les dessinateurs, qui ont l’habitude de visualiser, ont des facilités pour la clairvoyance ; les romanciers, surentraînés à imaginer intérieurement des scénarios, ont souvent des prémonitions… En 1997, une expérimentation réalisée avec cent vingt huit artistes à l’université d’Édimbourg, en Écosse, a montré que les plus créatifs étaient les plus réceptifs. Pourquoi ? Parce que les qualités psychologiques de la créativité sont celles qui permettent l’apparition du psi : être ouvert à ses émotions, être enthousiaste pour toute nouvelle expérience, être capable d’empathie avec les autres, être tolérant et ne pas avoir peur de son imaginaire.

    ~ Erik Pigani, Psi Enquête sur les phénomènes paranormaux

    Aspiration quantique

    Je ne saurais malheureusement vous offrir une recette infaillible pour débusquer la Muse (inutile de traquer Matt Bellamy). Toutefois je peux vous expliquer ma manière de procéder lorsque je ne peux me permettre d'attendre la Saint Glinglin pour qu'elle daigne me gratifier de sa présence.

    1. Je « brainstorme » en notant absolument tout ce qui me passe par la tête. Si rien ne vient, je ne force pas mais j'émets l'intention et généralement cela suffit à provoquer les idées un peu plus tard.
    2. Je saisis les mots clés du sujet qui m'intéresse dans mon moteur de recherche et je sauvegarde les pages ou passages qui retiennent mon attention. Ayant confiance aux synchronicités, je sais que je vais être guidée vers ce dont j'ai besoin. Cela fonctionne également avec des vecteurs multimédias (musique, vidéos, images).
    3. Je fais le tri de tout ce que j'ai pu glaner et du résultat de mon brainstorming à l'étape 1. Je regroupe, je classe, je sélectionne, j'élimine. La plupart des choses ne me serviront probablement pas mais cela me donne un fil directeur, une ébauche de plan sur quoi focaliser mon esprit et provoquer le déclic d'inspiration tant recherché.
    4. Étape la plus difficile mais décisive : j'écris la première phrase. Puis je poursuis sur ma lancée, quitte à tout réécrire ensuite. Une forme d'écriture automatique, de monologue qui généralement suffit à débusquer la Muse. Elle ne résiste pas à ce petit jeu tant elle a envie de me montrer que je suis nulle et qu'elle peut faire bien mieux. Et hop, c'est l'inspiration qui prend le relai et ça s'écrit... presque tout seul. Je dis presque parce que j'écris rarement mes articles en cinq minutes (comptez plutôt en heures).
    5. Dernier conseil : quand l'inspiration est au rendez-vous, laissez-tomber tout le reste sinon vous prenez le risque qu'elle ne revienne pas et que l'extase cosmique, le feu d'artifice se transforme en pétard mouillé.

    Les glaciers fondant dans la nuit noire
    Et les supernovas aspirées dans ce trou noir...
    Supermassif !

    "Supermassive Blackhole", Muse (2006)

    Enfin pour vous forger le muscle inspiratoire, rien de tel que participer à des projets comme Eklabugs. Je vous invite maintenant à aller jauger de l'état de celui des autres participants dont vous trouverez la liste ci-dessous.

    Ey@el

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