• Projet EklaBugs : Les animaux de mauvaise compagnie

    Article d'Ey@el

    L'aventure Eklabugs du mois dernier (voir Le Blog du jour) s'étant avérée un grand « kiffe » comme on dit de nos jours, je reviens donc allégrement à la charge avec un sujet qu'accessoirement je conservais en jachère depuis un certain temps avant de découvrir qu'il avait été plébiscité par la communauté pour cette session d'août. Comme précédemment donc, je vous invite ensuite à aller lire les articles des autres participants dont vous trouverez la liste au bas de cette page.

    Le maquereau en boîte

    Un animal —
    Tu es un animal,
    Tu n'acceptes rien à moins.
    Incontrôlable —
    Tu es incontrôlable,
    Tu t'attaques aux personnes en détresse.

      "Animals", Muse (2012)

    Requin entubeur des bas fonds, on reconnait aisément Nick Tammer à sa gueule de raie flanquée d'un bec de lièvre et d'un bouc ridicule qui vient lui chatouiller son cou de taureau, ainsi qu'à ses costumes de pingouin en pied-de-poule taillés sur mesure sous lesquels il dissimule des cannes de serin et un penchant pour les slips kangourou jaune canari.

    Il émane quelque chose de malsain de ce regard d'aigle cerclé de pattes d'oie qui flanque la chair de poule. Non content d'avoir un caractère de cochon, l'ours est une vraie teigne et rancunier par-dessus le marché. Sa mémoire d'éléphant n'oublie jamais rien et sa langue de vipère n'épargne personne. Certes si la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe, le venin du cobra ne rate jamais sa proie.

    Donc, à moins d'avoir une hirondelle dans le soliveau, mieux vaut éviter les prises de bec en allant lui chercher des poux au risque d'y laisser des plumes.

    La morue pas fraîche

    Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l'homme et de l'homme au cochon, et de nouveau du cochon à l'homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre.

    La Ferme des Animaux, George Orwell (1945)

    Et Paule Dagnot (sa Paulette aux œufs d'or) est fort bien placée pour le savoir, elle qui a l'air de tout sauf d'une gazelle avec son hideuse culotte de cheval (la seule d'ailleurs qu'elle garde sur elle en permanence) et sa cervelle de moineau encagée dans une tête de linotte ornée d'une queue (de cheval) assortie et vissée à la hâte sur un cou de girafe qu'il a d'ailleurs bien souvent essayé de lui tordre.

    Une morue digne de ce nom avec la bouche en cul de poule outrageusement peinturlurée qui va bien et des yeux de merlan frit ourlés d'un grossier trait d'eye-liner dégoulinant façon œil de biche en pleine décomposition. Normal quand on passe son temps à verser des larmes de crocodiles pour appâter le pigeon et qu'on est trop conne pour songer à se ravaler la façade avec de l'enduit waterproof.

    Seul un malvoyant peu regardant pourrait à la rigueur lui trouver du chien si elle ne ressemblait pas autant à un lampadaire, ce qui fait franchement mauvais genre et qui, de fait, lui sied comme un string (XXL).

    Le marsouin gris

    Je suis un animal
    J'ai les dents acérées et la bouche pleine
    La passion est si vive
    Que lorsque je serai livré à moi-même,
    La solitude me transformera.

      "I Am an Animal", Pete Townshend (1980)

    Ce soir-là donc, comme toute la sainte semaine, elle faisait la grue, rue des Scaphandriers, à Marseille, baillant aux corneilles quand un marsouin en perdition, qui en avait visiblement un bon coup dans l'aile à en juger par son haleine de chacal, s'approcha d'elle à pas de loup, tâta ses jambons, puis éclatant d'un rire de hyène, se mit à l'engueuler comme du poisson pourri en la traitant de thon (fils de merlan, pas de poissonnier).

    Son maquereau, qui venait juste de se faire ferrer par les poulets pour une bête histoire de tête-à-queue sur un dos d'âne, ne risquait assurément pas de débouler pour venir lui flanquer un coup de bélier.

    C'est ainsi que ne voyant poindre la moindre queue de hareng à l'horizon et contre tout attente, la baleine qui n'aimait point qu'on l'asticote gratos, reprit soudain du poil de la bête pour voler dans les plumes du drôle de zèbre avec la force d'un bœuf et le poids d'un âne mort. Complètement sonné mais dégrisé, ce dernier s'enfuit la queue entre les jambes comme un chien galeux qui aurait eu le malheur de lever la patte sur le mauvais réverbère.

    « Voilà qui lui a cloué son sale bec puant », se dit Paulette, ravie d'avoir cassé ce sac à vin (à défaut d'avoir pu en encaisser un pot).

    L'avis du Commandant Cousteau

    L'Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui les surplus. Qui laboure le sol ? Nous ! Qui le féconde ? Notre fumier ! Et pourtant pas un parmi nous qui n'ait que sa peau pour tout bien.

    La Ferme des Animaux, George Orwell (1945)

    La morale de cette histoire sans queue ni tête, qui finit en queue de poisson, est qu'il vaut mieux avoir un bœuf sur la langue qu'un chat dans la gorge parce que « silence et dors » est ce qu'il y a de plus sensé à faire lorsque l'on est beurré comme une huître.

    Ey@el

    « Nous faisons du sur placeComment apprendre à dire non et à se protéger lorsque l’on est empathique ? »
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 27 Août 2015 à 21:09

    humour et jeux de mots...j'adhère comme les poissons qui collent aux parois de l'aquarium!!! merci pour cet article...pas bête du tout ;) 

    2
    Jeudi 27 Août 2015 à 22:27

    Je suis admirative du nombre d'expression que tu as réussi à inclure O.O C'est super bien fait :)

    3
    Jeudi 27 Août 2015 à 23:13

    Contente que ça vous plaise, j'ai eu un peu de mal à la trouver cette histoire mais je me suis bien amusée et j'en ai d'autres en projet.

    4
    Jeudi 27 Août 2015 à 23:17

    Je "kiffe" ! Tous les jeux de mots animaliers casés sans trop de peine. Je "kiffe" ! Comme on dit :)

    5
    Vendredi 28 Août 2015 à 11:26

    Très drôle ! J'adore!

    6
    Vendredi 28 Août 2015 à 11:36

    Je suis restée muette comme une carpe et mon œil de félin aiguisé a apprécié que tu ne mettre pas la charrue avant les bœufs dans toute cette histoire. 
    Honnêtement très bien ficelée et très bien rédigée, je me suis régalée à lire ton article :)

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    7
    Vendredi 28 Août 2015 à 13:54

    Ah, tiens la carpe... je l'ai oubliée celle-là ! Ça aurait bien été pour la conclusion du Commandant Cousteau ! :))

    8
    Vendredi 28 Août 2015 à 22:30

    Super bien fait :) 

    9
    Vendredi 28 Août 2015 à 22:39

    J'adore!

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