• Trump. Bon d'accord, le monde a pété les plombs.

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    Vidéo de Russell Brand transcrite et traduite par Ey@el

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    Suite à la brillante analyse du résultat des élections américaines de David Icke, actuellement en tournée (voir Articles connexes), je me devais absolument de vous transcrire celle de Russell Brand, personnage haut en couleurs qui, sous ses allures de rock star, a la tête sur les épaules et le cerveau bien où il faut. Contrairement à d'autres, contorsionnistes certes, mais tellement coincés dans leur position insensée qu'ils ne voient toujours pas l'éléphant dans le couloir.

    Et pendant ce temps, la bonne vieille recette « diviser pour mieux régner » brille encore par sa redoutable efficacité. « Descendons dans la rue, cramons et butons ces sales fachos de racistes haineux qui ont voté Trump parce que nous voulons un monde d'amour et de paix ! » Oups ! Si vous le dites... L'ironie, dans une société dominée par l'ego et le paraître à tout prix, est de ne pas avoir de miroir sous la main pour se rendre compte du paradoxe flagrant. C'est quand même fort de café, non ?

    Comme je le disais sur Twitter, certes « le monde a pété les plombs mais les masques tombent. C'est à la fois déprimant et excitant. Plus besoin de se cacher ni de faire semblant. » Toujours dans un registre corporel très imagé, je comparerais ce que nous vivons actuellement à une purge où toutes les toxines remontent d'abord à la surface pour y être évacuées par les émonctoires. Au début, on se sent vraiment très mal mais c'est le processus normal pour aller mieux.

    En quoi les choses pourraient-elles aller mieux ensuite ? Tout simplement parce que le choc de la menace devenue soudain réalité s'est avéré suffisamment violent pour que les gens se réveillent enfin. Pas tous mais bien assez pour faire une différence de poids — une masse critique, si vous préférez. Et c'est ce qui est en train de se produire même si, pour l'instant, cela n'est pas encore très apparent dans ce déferlement nauséabond de haine caca-boudin des uns et de pisse and love des autres. Beaucoup se désengagent de cette dualité malsaine en refusant d'y prendre part. Ce n'est là ni de la lâcheté ni de l'irresponsabilité, mais au contraire, un signe de grande sagesse et de maturité. Et de bonne santé mentale aussi. Car quand le monde pète les plombs, mieux vaut disposer d'un stock de bougies sous la main car la nuit risque d'être longue. Très longue. Mais le jour finira bien par poindre.

    Ey@el

    Bonjour, Russell Brand. Vous regardez The Trews (Info-vérité). Donald Trump est désormais président des États-Unis. Je voulais en discuter pendant que tout le monde est encore en plein délire et sous le choc de la nouvelle.

    Nous avons beaucoup parlé de lui dans The Trews parce qu'il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont il utilise les médias. En dépit de ses propos rocambolesques et outrageants, il est à contre-courant d'une ère où les politiciens ont cette apparence si soignée et si enjôleuse (même si, à certains égards, il l'est aussi) de par sa sincérité et son ironie.

    Prenez par exemple les premiers instants de son discours après les résultats où il dit : « Désolé, je suis en retard, c'est compliqué ». Il est évidemment bien conscient de l'incroyable climat d'adversité dans lequel il met les pieds.

    Ce qui me fascine, surtout, c'est toute cette peur et cette colère que sa victoire a suscitées et à quel point, bien sûr, cela nous rappelle le Brexit dans ce pays.

    Pour moi, le triomphe de Donald Trump et la décision de la Grande-Bretagne de quitter l'Europe soulignent un phénomène fort bien exposé par un certain Thomas Frank dans le Guardian où il indique qu'en tant que système politique, le libéralisme a mis tant de personnes en échec qu'ils ont perdu tout intérêt et toute confiance. Mon sentiment personnel est que les gens ne se fient plus à ceux qui leur disent : « Hé, nous allons prendre soin de vous. C'est bon, restons dans l'Europe, tout ira bien. » Votez pour Hillary Clinton et tout ira mal !

    Parce que les gens à qui l'on s'adresse vivent déjà dans une espèce de monde post-apocalyptique, si vous me permettez l'expression. On ne peut pas leur dire que ce serait épouvantable de quitter l'Europe quand le monde dans lequel ils vivent l'est déjà. On ne peut pas leur dire non plus que ce serait terrible d'avoir Donald Trump au pouvoir pour la même raison. Ils ne sont pas sensibles à ce genre de menaces.

    Oui, bien sûr, je suis au courant de ses propos insensés à l'égard des femmes, des Musulmans et sur l'édification de murs. Ce qui m'interpelle, c'est qu'une personne puisse dire de telles choses sans que cela fasse la moindre différence. Les gens votent quand même pour lui. Quel degré de désenchantement, de désillusion et d'impuissance faut-il avoir atteint pour le percevoir comme une alternative raisonnable ?

    Mon interprétation est que la seule chose qui les intéresse vraiment est le changement. Hillary Clinton, peu importe ce qu'elle pouvait leur proposer ou leur dire, avait la même allégeance politique que Barrack Obama déjà au pouvoir — et qui, entre parenthèses, fait désormais un peu figure de Christ hein, en comparaison des candidats à ces élections !

    Mais penchons-nous plutôt sur ces huit dernières années, sur ce qui s'est passé et pourquoi les les gens sont déçus. Parce qu'on a vu ce qu'apparemment un « gentil » comme Barrack Obama à la Maison Blanche est capable de faire : toujours autant de troubles et d'instabilité, de tueries à distance par des drones, beaucoup de merde et d'impunité pour ceux qui profitent du krach financier pour exploiter la masse des citoyens américains ordinaires. On ne peut plus continuer à réagir à de tels événements par toujours plus de peur et de colère qui sont à l'origine même de ces conditions.

    Un Yogi (dont je n'arrive jamais à retenir le nom) avait dit à Bertrand Russell, qui militait alos pour le désarmement nucléaire : « Cela ne servira à rien de se débarrasser des armes nucléaires tant que entretiendront l'état d'esprit qui les a crées ». Russell lui avait alors rétorqué qu'il ne voulait pas entrer dans ce type de discussion : « Débarrassons-nous des  armes nucléaires ! On ne peut pas faire sauter la planète avec un état d'esprit. »

    Mais aujourd'hui, quarante ou cinquante ans plus tard, nous en sommes toujours au même point en matière d'armement nucléaire avec des armes en plus. Et ce que voulait dire ce Yogi, c'est que le fait que Donald Trump soit président des États-Unis n'est pas si important. Ce qui importe ce sont que les conditions propices à son élection aient été réunies. Il ne sert à rien de réagir en se disant « Quoi ? Donald Trump est président des États-Unis ! » Hier toutes les conditions étaient réunies pour que cela se produise. Tout comme c'était déjà le cas il y a deux jours, un mois, un an voire même ces dix ou vingt dernières années. Elles se sont accumulées pour cristalliser cet instant. Et comme je l'ai déjà affirmé publiquement, le système politique est totalement coupé du peuple.

    Ce que veulent les gens c'est du changement. Ils veulent disposer d'un réel pouvoir. Et forcément, quand quelqu'un se pointe en leur promettant notamment « d'assainir le bourbier qu'est Washington de tous ces lobbyistes corrompus », ça leur plait.

    Ce que j'espère est, qu'après la victoire de cet espèce de personnage grotesque et insensé aux propos scandaleux et révoltants, nous admettrons que nous devons prévoir une alternative. Il ne suffit pas de dire : « Bon voici maintenant Hillary Clinton, on est tous contents et on applaudit bien fort ! ». Non, les gens en ont marre. Si les Démocrates pouvaient ressortir Bernie Sanders là tout de suite, vous pouvez être sûrs qu'ils le feraient. Pensez donc, quelqu'un qui parle de socialisme, d'équité et de justice !

    Donc ce que je retiens est que nous sommes arrivés au point où, comme après le Brexit, au lieu de réagir par « Sales racistes, ce Brexit nous a vraiment poignardés », il vaudrait mieux se dire : « Bon, essayons de communiquer avec les gens pour comprendre ce qu'ils ressentent ». Avec amour et sans présomption. Et pour tous ceux d'entre nous qui sommes suffisamment privilégiés, qui ne connaissons aucune difficulté financière, qui ne ressentons pas toute la pression du monde peser sur nous et qui ne cherchons personne à blâmer, de comprendre que lorsque quelqu'un comme Donald Trump débarque avec son côté direct, accessible, qui passe bien à la télé et décrète que c'est la faute des Musulmans, des Mexicains, etc., il peut leur sembler très intéressant et très attrayant.

    Nous devons créer un monde où les individus de son espèce n'ont pas lieu d'être. Mais si nous ne le faisons pas, ne soyons pas surpris qu'ils soient élus président ! Nous avons vraiment tout foiré au cours de ces vingt-huit dernières années et réuni les conditions pour que, nous le savons désormais, l'inévitable se produise. Maintenant, il nous faut trouver des alternatives et je ne crois pas que cela puisse se faire au niveau administratif superficiel des politiques de Washington ou de Westminster.

    Cela se fera à un niveau plus philosophique et plus profond au moment où nous commencerons à nous traiter différemment les uns les autres, quand nous modifierons nos perceptions des uns et des autres et parlerons du monde autrement. Un changement important car même si les gens qui votent en faveur du Brexit ou pour Donald Trump croient réellement que le problème est lié à l'immigration, il est de notre devoir à nous autres qui ne sommes pas de cet avis (n'est-ce pas) de communiquer de façon claire, accessible, sans condescendance ni paternalisme afin d'expliquer en quoi le monde ne doit pas s'aventurer dans cette voie. Car nous nous adressons à des gens qui n'ont pas grand chose à perdre.

    Donc, si cela vous effraie, vous déçoit et vous met en colère, essayez de ne pas l'être. Essayez d'être optimistes parce qu'il fallait que cela arrive. Nous avons fini par atteindre une sorte de paroxysme, de crise, de réalisation qu'il n'est plus possible d'avancer dans cette direction.

    Pour moi, l'élection de Donald Trump signifie que nous ne pouvons plus faire comme si tout allait bien en politique. Parce que, regardez... Non mais REGARDEZ ! C'est désormais exposé là sous vos yeux. Vous ne pouvez plus prétendre ne pas savoir. Maintenant vous savez. N'étant ni un homme ni une femme afro-américain(e), je ne peux employer le terme qui me vient à l'esprit mais c'est pourtant ce que cela m'inspire.

    Si Hillary Clinton avait été élue à la présidence — avec toutes ses affiliations avec les banques, sa volonté de faire la guerre au Moyen-Orient et tous ces autres trucs dont je ne sais pas grand chose — je crois que nous n'aurions pas eu de changement véritable. Tandis qu'avec Donald Trump, il n'est plus possible d'ignorer qu'un tel changement est nécessaire.

    Voilà, c'étaient les infos de The Trews, abonnez-vous si vous en avez envie.

    Transcrit et traduit de l'anglais par Ey@el
    © lapensinemutine.eklablog.com

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  • Commentaires

    1
    Mardi 15 Novembre 2016 à 20:00

    Comme lui je me demande vraiment comment des gens ont pu voter pour un énergumène pareil, surtout en entendant tous ses propos racistes et misogynes. 

    Mais, s'il fallait en passer par là pour enfin voir le début d'un commencement de changement ... 

    2
    Mercredi 16 Novembre 2016 à 22:35

    Sur la base de ces raisonnements qui relèvent plus de la branlette intellectuelle que d'autre chose, y'aura plus qu'à voter Marine chez nous, ça complétera la sauce <soupirs>

      • Jeudi 17 Novembre 2016 à 01:40

        À ce que je sache ce n'était pas du tout le fond du raisonnement. ^^ Et traiter Russell Brand d'intello, c'est plus que marrant, totalement inapproprié et n'est pas tellement un bonne preuve de discernement. Enfin moi, je dis ça en passant, hein. Tu as parfaitement le droit de ne pas être d'accord. Pour ma part, j'espère pouvoir changer de pays d'ici mai 2017 mais j'avoue que je ne sais pas trop où aller...

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