• Vous êtes ce que vous écoutez

    Article du Dr Todd B. Kashdan traduit par Ey@el

    Available in English

    On dit toujours que la musique adoucit les mœurs mais toutes les musiques ne conviennent pas à tout le monde. Comme le psychologue auteur de cet article, je pense, de par mon expérience personnelle, qu'elle est bien plus que cela. Comme nous l'avons vu (voir Articles connexes), elle peut également interagir avec la matière mais également modifier nos humeurs. De nombreux écrivains populaires avouent d'ailleurs avoir besoin d'écouter de la musique pour écrire (Stephen King, Stephenie Meyer, etc.). Certains acteurs s'en servent comme outil pour mieux entrer dans la peau de leurs personnages (comme Timothy Hutton dans la Part des Ténèbres où il écoutait tantôt du hard rock quand il devait interpréter un psychopathe et du classique pour son alter ego écrivain tourmenté). Pour ma part et pour avoir (stupidement) essayé de m'en sevrer, la musique est une véritable drogue sans laquelle le monde manque de saveur et mon énergie décline sans parler de mon humeur et ma motivation. Elle décuple ma créativité, clarifie mon esprit et fait jaillir les idées et les solutions là où le silence aurait tendance à me happer dans le néant. Lorsque j'arrive à méditer, c'est forcément en musique. Sans, c'est peine perdue. Par contre, pour ce qui est des classifications faites par les chercheurs, j'avoue que je peine un peu à m'y retrouver. Et vous ?

    Ey@el

    Pourquoi les fans de heavy metal et de classique se ressemblent plus qu'ils ne l'imaginent.

    En voyage, j'écoute exprès tel album ou tel artiste en particulier afin que mes souvenirs accrochent mieux. En Israël, sous une pluie diluvienne, je me suis attaqué à la Promenade des remparts qui surplombent et enserrent la vieille ville avec la musique d'Explosions in The Sky. Au Koweït, j'ai fait une échappée dans le désert pour aller piquer une tête en privé dans le golfe persique avec la version douce de "Black Metallic" de Rob Dickinson (plutôt que celle-ci avec sa transition qui tue à 5:05).

    Les paysages musicaux constituent la toile de fond de mon existence en intensifiant les moments de félicité. D'aucuns diront que les paroles de chansons sont de la poésie contemporaine.

    Je t'ai dit
    Que nous pouvions voler
    Parce que nous avons tous des ailes
    Mais certains d'entre nous ne savent pas pourquoi

    "Never Tear Us Apart", INXS (1987)

    L'Américain moyen écoute de la musique plus de 5 heures par jour. Il existe des centaines de magazines, des milliers de blogs, de pages dans pratiquement tous les quotidiens et des dizaines d'émission de télévision — tous consacrés à la musique.

    Compte tenu de tout ceci, je suis surpris du peu d'études sur ce qui nous conduit à nos préférences musicales et la manière dont elles influencent nos pensées, nos ressentis et notre comportement. Je suis parfaitement au courant du vaste corpus de recherche en musicothérapie pour les adultes et les jeunes — mais je veux parler de la compréhension fondamentale des préférences musicales et de la manière dont les gens profitent de l'impact puissant qu'il a sur leur humeur. On serait en droit de penser qu'il y ait davantage d'études parce qu'en matière de loisirs, dans les sondages de préférences, la musique arrive en premier avant les films (78% contre 60%), les livres et les magazines (55%), la télé (50%), les vêtements (62%) et la nourriture (65%). Dans un monde idéal, les psychologues passeraient plus de temps à étudier ce qui importe aux personnes.

    Nous savons qu'il existe un petit nombre de grands traits de personnalité pouvant décrire différents types de personnes. Vous connaissez peut-être l'acronyme OCEAN pour les cinq grands traits de la personnalité qui sont : ouverture à l'expérience, conscienciosité, extraversion, agréabilité et névrosisme — une constellation identique dans plus de 40 langues et cultures. Nos goûts musicaux peuvent-ils également être regroupés en quelques dimensions simples révélatrices de nos préférences ? Après s'être penchés sur le cas de 5000 adultes, des chercheurs ont découvert un ensemble de 5 grands types de préférences musicales :

    1. Raffiné (des amateurs pour le classique d'avant-garde ?). Ces musiques sont souvent instrumentales, complexes, inspirantes, intelligentes. Ce qui s'en rapproche le plus est le classique ou la fanfare.
    2. Sans prétention (du bluegrass ou rock country, simple et agréable ?). Ces musiques sont un peu relaxantes, romantiques, voire tristes. La nouvelle country ou la country classique en sont les meilleures exemples.
    3. Intense (des cordes vocales malmenées ou le guitariste le plus violent de tous les temps ?). C'est la seule catégorie dans laquelle on apprécie les sons électriques déformés, rapides, lourds et agressifs. Pensez punk rock et heavy metal.
    4. Doux (un peu d'acid jazz lent pour se calmer ou de préférence Shazam dans l'ascenseur ?). Une musique très relaxante et romantique, parfois triste. Les meilleurs exemples sont le R&B, la soul et le soft rock.
    5. Contemporain. Les sons électriques dominent une grande diversité de genres allant du rap à la musique électronique.

    Quels sont les traits de personnalité des individus avec ces différentes préférences ? Si vous êtes amateur de musique raffinée ou intense, vous avez tendance à être en majorité ouvert aux expériences — curieux, créatif, favorables aux nouvelles perspectives — et à tendance libérale sur le plan politique ; la différence est que les personnes qui préfèrent la musique raffinée sont généralement dociles dans leur vie sociale alors que celles qui aiment la musique intense ont tendance à dominer et se montrent plus impulsives dans leur manière de communiquer (que l'on pourrait qualifier d'« éjaculatoire »). De toutes ces préférences musicales, les amateurs de musique intense tendent à être les moins consciencieux — spontanés, désorganisés, manquant de retenue.

    Si votre truc c'est la musique sans prétention, vous êtes probablement extrêmement agréable et gentil (entre autres vertus interpersonnelles) et consciencieux (c.-à-d. autodiscipliné) avec une petite hausse du côté extraversion et une vision politique conservatrice, mais peut-être aussi un peu coincé sur le plan intellectuel — manquant de curiosité, moins créatif, portant peu d'intérêt à l'exploration de vos sentiments, valeurs et rêves.

    Si c'est la musique contemporaine qui vous intéresse, vous êtes à la hausse sur les plans extraversion et agréabilité, avec une vision politique libérale, un style éjaculatoire mais souvent discret en société. Si vous aimez la musique douce, vous êtes probablement très ouvert aux expériences.

    Quand on pense choix musicaux, la première chose qui vienne à l'esprit est l'émotion. Vous risquez donc d'être surpris d'apprendre que les préférences d'une personne en matière de musique n'ont aucun lien évident avec la stabilité émotionnelle, l'estime de soi, l'anxiété ou des symptômes dépressifs. Des chercheurs ont cherché à savoir si les individus qui ressentent fréquemment des émotions négatives intenses faisaient montre de goûts musicaux particuliers mais votre état d'être habituel est probablement moins important que le sentiment (ou désir de sentiment) éprouvé un jour donné. On sait que certaines personnes comprennent parfaitement comment la musique peut influencer leur humeur et s'en servent de manière stratégique comme d'une arme pour se sentir en colère, triste ou calme dans une situation à venir. Par exemple, écouter de la musique intense, violente fait des merveille lorsqu'il s'agit d'avoir à lever des poids ou prend part à une confrontation (cette chanson ne le fait pas).

    En agissant intelligemment avec la musique, on accède à un arsenal d'outils simples pour rendre plus praticable le terrain difficile et aléatoire d'autrui.

    La musique est importante pour les gens — pour la plupart d'entre nous, aucune autre activité n'occupe une part aussi grande de nos journées. Et pour ce qui est d'altérer notre humeur, il n'existe pratiquement rien (de légal) qui agisse aussi rapidement.

    Le temps est venu pour une meilleure compréhension de nos préférences musicales, de la manière dont notre identité s'est forgée avec la musique et comment notre vie de tous les jours peut être améliorée par la bonne musique à la dose adéquate dans la situation qui convient. Si cette dernière doit devenir la toile de fond de notre existence, soyons dans l'intention, profitons de l'instant et savourons-le encore un peu plus tard.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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  • Commentaires

    1
    Roujsend
    Mardi 21 Avril 2015 à 11:54

    Tout à fait d'accord avec ta phrase : Elle décuple ma créativité, clarifie mon esprit et fait jaillir les idées et les solutions là où le silence aurait tendance à me happer dans le néant."

    D'accord avec ton analyse de départ en fait.

    En plus , c'est dit d'une belle façon. Après, le "néant" peut générer sa propre musique...

    Et puis, il y a musique et paroles en musique, et la différence est énorme. Soit juste une vibration dans laquelle l'esprit trouve un chemin propre, ou des mots qui guident les pensées.

    Quant aux classifications, ça me donne la nausée, alors je n'ai même pas lu

    2
    Mardi 21 Avril 2015 à 15:51

    Contente de constater que je ne suis pas la seule à ne pas m'y retrouver dans les classifications. Pas étonnant, vu que nous sommes tous uniques, entrer dans les cases serait mauvais signe ;)

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