• La psychologie de la peur

    Article de Saberi Roy traduit par Ey@el

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    Bien que qualifiée d'émotion par les psychologues, la peur est un sentiment humain assez primitif et peut être considérée comme un simple ressenti. En fait, si les émotions englobent les sensations et les réactions physiques, elle pourrait être la composante essentielle de l'anxiété ou des phobies comme le démontre la psychologie émotionnelle. Je préfère me référer à la peur en tant que ressenti plutôt qu'émoi et afin de clarifier ceci, il convient d'établir la distinction entre sentiments et émotions en psychologie. Pour l'instant, elle est assez floue et n'est guère appliquée par les spécialistes.

    Les émotions sont des processus mentaux et physiques complexes parce se basant sur des sentiments qui sont des composantes mentales ou psychiques et des réactions corporelles relevant du domaine physique. Le ressenti joue donc un rôle essentiel dans l'émoi. Les sentiments basiques sont purement psychiques et n'entraînent aucune réaction du corps — c'est pourquoi la peur, avec ou sans manifestation somatique, pourrait appartenir aux deux catégories à la fois. Par exemple, l'angoisse éprouvée par un étudiant lors d'un examen s'accompagnerait de réactions physiques telles qu'une accélération des battements du cœur ou bien des rougeurs au visage, une dilatation des pupilles, etc. La peur, comme composante probable d'un ressenti, quoique très simple, pourrait même être inconsciente sans manifestation corporelle même si moins intense que l'anxiété qui entraîne nécessairement ce type de réaction. De sorte que vous pouvez sans doute vous trouver à jouer une pièce de théâtre sur scène sans aucune sensation physique dans l'immédiat, en étant même calme et normal mais avec pourtant un sentiment d'appréhension exprimé sous forme de malaise.

    La peur relèverait donc tout à la fois du ressenti et de l'émotion mais en tant que composante totalement subjective ou mentale du sentiment, elle s'avèrerait difficile à déceler quand elle ne s'accompagne d'aucune réaction physique visible ou sensible comme c'est le cas lorsqu'elle verse dans l'émoi. L'anxiété, par contre, est considérée comme une émotion intériorisée distincte parce qu'elle surgit de l'intérieur en réaction à une menace perçue plutôt que la peur qui elle, est provoquée par un stimuli extérieur. On pourrait définir cette dernière comme une émotion extériorisée ou un sentiment avec ou sans somatisation pouvant être conscient ou inconscient.

    La psychologie de la peur ferait donc la distinction entre ses deux formes à savoir l'émoi et le ressenti, entre ses manifestations consciente et inconsciente, avec ou sans réaction corporelle et également entre l'anxiété et les phobies. Il importerait de comprendre pourquoi elle se produit, quels sont ses symptômes physiques lorsqu'elle se présente sous forme d'émotion forte consciente et comment elle diffère du ressenti sans nécessairement aucun signe externe, d'ordre conscient mais plus vraisemblablement inconscient.

    Supposons que vous souffriez d'une peur inconsciente des vieilles bicoques hantées et que vous fassiez un rêve récurrent se déroulant dans un tel cadre — le rêve en lui-même pourrait provoquer des réactions physiques mais rien n'indique à l'évidence que la peur en soit la cause. Dans ce cas précis, elle est simplement inconsciente et ce sont le ressenti qui se manifeste dans les rêves et les rêves eux-mêmes que l'on associe à la somatisation et non la peur. Elle est donc, ici, un sentiment plutôt qu'une émotion. Certains psychologues objecteraient toutefois que cette « crainte » pourrait n'être qu'une angoisse floue mais comme ils en identifieraient également la cause (de ce qu'ils qualifieraient d'anxiété) qui est la hantise des maisons hantées, il s'agit toujours bien d'une crainte extériorisée et non d'une angoisse intériorisée. Qu'elle soit de l'ordre du ressenti ou de l'émoi, la peur est donc externe.

    Distinguer les sentiments des émotions revient à tenter de faire la différence entre les météores et les astéroïdes dans l'espace — ce qui requerrait une analyse très détaillée des différentes couches de l'esprit. Nous ne disposons pas, à l'heure actuelle, de suffisamment de cadres ou de preuves scientifiques pour faciliter cette distinction. Des études modernes sur la conscience se sont penchées sur ce problème de ressenti. Comme l'a souligné Thomas Nagel dans son très célèbre article "Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ?", le sentiment subjectif de « quel effet cela fait-il » est très important. Lorsque l'on se penche sur la conscience, les aspects subjectifs des émotions sont tous appréciables et bien que les physicalistes endurcis, qui pensent que l'esprit n'est rien d'autre qu'un courant neuronal, ne tiendraient pas compte que l'émoi puisse comporter un aspect de ressenti, de telles recherches ont prouvé que la sensation ou l'aspect subjectif de l'existence est l'essence même de l'humanité.

    Toutefois le sujet de cet article étant la psychologie de la peur, il est indispensable de comprendre pourquoi elle survient et quelles seraient ses indications thérapeutiques. On pourrait la caractériser comme une sensation générale inconsciente désagréable ou une émotion plus complexe telle que l'angoisse et la crainte extériorisée. Elle peut également s'exprimer sous forme de phobies qui sont des craintes pathologiques persistantes dirigées vers des objets ou des situations spécifiques. Il peut s'agir de la crainte des araignées ou du vide (que l'on nomme respectivement arachnophobie et acrophobie — NdT) qui sont des formes exagérées ou extrêmes d'appréhension s'accompagnant de graves réactions physiques pratiquement à la limite de la paranoïa. Le peur pourrait donc se révéler comme un trouble émotif sérieux avec somatisation et se manifester sous forme d'angoisse ou de phobie — elle pourrait être également une sensation générale. Afin de comprendre ce qui la provoque, voici les différents types de peur :

    La peur en tant qu'émotion

    Accompagnée de symptômes physiques, elle présume une forte réaction émotionnelle à une situation, un objet ou un événement. Comme elle est intériorisée, elle prendrait naturellement sa source dans un ressenti ou un composant subjectif. Autrement dit, la personne « ressentirait » d'abord la peur face à une situation avant d'y réagir. Un tel cas de figure où le sujet a conscience de son émoi et y réagit avec force est le type même de la réaction émotive et ce type de peur se manifeste donc sous forme d'une vive émotion.

    La peur en tant que sensation

    Elle peut toutefois se manifester sous forme d'un sentiment subjectif, une sensation de malaise ou une perception subconsciente d'un quelconque danger ou menace qui ne susciterait aucune réaction importante du corps. La peur en tant que sensation se révèle inconsciemment dans les rêves, les lapsus, les pertes d'attention, etc.

    La peur dans l'anxiété

    La peur en tant que sensation peut également servir de support subjectif à l'angoisse car lorsqu'elle est intériorisée voire inexpliquée, celle-ci se manifeste par une sensation de peur. Elle peut donc démarrer sur une appréhension mais d'origine principalement subconsciente, intériorisée et plus généralisée. Mais l'anxiété comporte des réactions physiques distinctes qui la différencie de leur peur en tant que sensation.

    La peur dans les phobies

    Elle s'articule autour de réactions émotionnelles pathologiques persistantes envers des objets ou événements spécifiques. La différence est que les phobies sont toujours extériorisées contrairement à l'anxiété et là encore, la peur extériorisée en tant qu'émotion ou intériorisée en tant que sensation relèverait des deux. Les phobies ne sont pourtant pas des émotions mais des réponses pathologiques dont la peur en tant qu'émotion complexe est l'un des éléments accompagnant la somatisation. Étant donné qu'elles sont composées d'émois et de réactions vives dont l'expression prend des formes exagérées, les individus sujets aux phobies tendent à réagir de manière excessive et à succomber à la panique en particulier à cause des réactions démesurées et incontrôlables de leur corps.

    Pour un traitement thérapeutique par la psychologie, il sera nécessaire de comprendre l'origine de la peur ce qui pourrait se faire grâce aux études neurologiques et à celles sur la somatisation et les états mentaux. Qu'elle relève de la simple sensation ou de la réaction émotive complexe, elle devrait être identifiée dans des situations données et sa forme extrême étudiée avec l'anxiété et les phobies.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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