• Je suis Indie

    Article d'Ey@el

    C'est en lisant quelque peu en biais — une bien fâcheuse habitude que je confesse avoir prise par la force des choses devant la somme sans cesse croissante d'informations auxquelles nous sommes confrontés au quotidien et parce que les journées n'ont que 24 heures — je me suis rendu compte que mon esprit faisait parfois des écarts d'imagination en prenant des raccourcis peu orthodoxes avec la sémantique. Logique, me direz-vous, pour qui s'engage ainsi impudemment sur les chemins de traverse. Oui, mais j'ai noté que, grâce à ces dérapages souvent non dénués d'humour, occasionnés par mon manque d'attention, mon inconscient mettait parfois le doigt sur certaines vérités que mon mental, trop enlisé dans son sérieux et ses efforts d'analyse — sans parler du filtre de mes croyances, de mes opinions voire de mes inhibitions — n'aurait probablement pas perçues aussi facilement.

    Le Royaume du Crâne défoncé

    Ainsi, par exemple, j'ai lu un article traitant de la défécation d'un certain parti politique, vraisemblablement en raison des luttes intestines excrémentielles empestantes entre ses dirigeants. Ayant également fait la tune des fourneaux, une affaire sulfureuse dans laquelle l'accusé était bien aux fesses du passé tumultueux de sa présumée victime qu'il connaissait de longue date. Ou encore, que des putes au Parlement avaient brandi le sexe d'un érudit décent pour protester contre l’abréviation d'une loi. Certains ne l'entendant pas de cette oreille, le son était monté assez vite. Heureusement, la came avait été rétablie avant qu'ils n'en viennent aux pains, tous étant désormais rentrés dans les ordres.

    Autre fête d'hiver : des militaires en perdition auraient été prêts à partir avec une bande de fesseurs en état d'absurdité avancée à la sortie d'un bar. Heureusement ces derniers prirent finalement la cuite avant que l'abbération des légionnaires ne les conduise au poste de police où ils auraient poursuivi (hic).

    Le Temple des Maux dits

    Vous trouvez que j'ai l'esprit tordu, que j'ai la comprenette un peu (beaucoup) déviante ? Pas faux, je vous l'accorde ! À ceci que je prends volontairement la tangente dans le seul but de vous amuser et d'élever vos vibrations par le rire thérapeutique. Certains, par contre, ne le font vraiment pas exprès et c'est d'autant plus fâcheux que tels des aveux inconscients, ces lapsus linguæ inopinés sont tous échappés de la bouche d'hommes et femmes politiques qui, d'ordinaire, pèsent pourtant le poids de leurs mots et sont plus que rôdés au maniement de la langue de bois. Preuve que nul n'est à l'abri d'éventuelles échardes.

    À commencer par la célèbre « fellation quasi-nulle », prônée par Rachida Dati, le fameux « fichier d’empreintes génitales » proposé par Brice Hortefeux, les députés invités à « durcir leur sexe » à l'occasion d'un débat parlementaire sur la classification des films X, la « baise » de l'impôt promis par Pierre Bérégovoy, le Premier « Pénis » cité par Jean-Louis Borloo ou encore les femmes encouragées à « se serrer les couilles » par Dominique Voynet.

    Dans un registre un peu moins « hard » mais tout aussi « hot », certains trahissent leurs allégeances, sentiments ou intentions véritables. Ainsi, après les attentats du 11 septembre, Laurent Fabius annonçait que la France voulait « agir en Chirac ». Plus récemment, un tweet du PS informait la population que Harlem Désir était « en déplacement à Jarnac pour la commémoration de la disparition de François Hollande ». Ledit Président de la République, récemment ressuscité dans les sondages, aurait pour sa part répondu à des journalistes lors de la mise en examen de celui-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom que « chacun doit être certain qu'il est prisonnier innocent avant d'avoir été condamné ».

    Sujet explosif si l'ont peut dire : Bernard Cazeneuve annonçant sur BFM-TV que des synagogues avaient été protégées et qu'il y avait des policiers « rue des Roquettes ». Également, Claude Guéant déclarant que la délinquance avait « recruté en France depuis 2002 ». Attention, certains vont avoir de sérieux ennuis avec la Police de la Pensée, l'humour à peine voilé étant d'ores et déjà considéré comme hautement subversif. Et à qui cela profite-t-il ? Aux lobbys des fabricants de dragées Fucka pardi ! Et aussi aux syndicats des proctologues et des entrepreneurs de pompes funèbres. Rire de tout, c'est mauvais pour les affaires et pour la mondialisation qui voudrait parvenir à la création d'un état unique pas seulement au sale mais au défiguré.

    Les Aventuriers du Lapsus perdu

    Bon sang, mais qu'est-ce que je raconte là ? Je voulais simplement vous démontrer que si certains se complaisent à causer le Fourchelangue dans l'unique but de détendre l'atmosphère et botter ainsi le luc à la sinistrose ambiante, d'autres se prennent tellement au sérieux qu'ils se vautrent sur leurs propres peaux de banane et que leurs lapsus sont sans doute bien plus révélateurs qu'il n'y parait.

    Rudolf Meringer (1859-1931) est un linguiste indo-autrichien contemporain de Sigmund Freud. En 1895, il publie en collaboration avec le linguiste Allemand Karl Mayer une liste de près de 4500 « lapsus linguæ » (expression latine signifiant « erreur de langage »). Ils expliquent ces changements involontaires de discours par une contamination d'un mot sur l'autre. Ce sont toujours des mots proches, disent-ils, qui diffèrent par une, deux ou trois lettres, et il n'est pas étonnant qu'on puisse se tromper. On peut de même confondre deux livres posés côte à côte sur une étagère, pour peu qu'ils aient une couverture similaire, et un titre approchant.
    (Source)

    Dans l'approche psychanalytique — qui se rapproche beaucoup de celle des linguistes notamment par la théorie des images verbales situées au-dessous du seuil de la conscience — Freud présente le lapsus comme « la conséquence de l'opposition entre deux intentions, dont l'une au moins est inconsciente. Le sujet exprime au public son désir caché ». Il précise également que l'on peut « aussi faire un lapsus passivement, en entendant un mot différent que celui qui a été prononcé ».

    Intéressant, surtout la dernière ligne. En effet, je suis souvent assez sidérée par ce que je crois parfois entendre en écoutant certains chanteurs (il faudrait voir à mieux ar-ti-cu-ler), phénomène d'hallucination auditive souvent aggravé par des textes assez décousus et atypiques. Alors de mémoire, me viennent immédiatement à l'esprit les « cons qui s'adorent » au lieu des conquistadores de Nicola Sirkis ou encore Thom Yorke qui me donne l'impression (en anglais) d'avoir « peur de respirer » alors qu'il s'avère simplement être « tête en l'air ». Vous pouvez vous gausser autant que vous voudrez, quand on connait les intéressés, cela n'a rien de tiré par les cheveux — d'ailleurs Yorke se fait même des chignons maintenant, c'est dire !

    Qu'il s'agisse de langue qui fourche (lapsus linguæ), de doigts crochus qui dérapent sur le papier (lapsus calami) ou sur le clavier (lapsus clavis) ou encore d'amnésie sélective soudaine qu'on a sur le bout de la langue mais qui refuse de sortir (lapsus memoriæ), tous ces troubles disposent d'un nom savant, ce qui montre bien que certains les prennent très au sérieux au point de les étudier. Et ils n'ont pas tort car c'est proprement fascinant de voir à quel point nos secrets nous rattrapent parfois. Donc si le lapsus est considéré comme révélateur, il faudrait voir à prendre garde qu'il ne mène au collapsus voire au prolapsus dans les cas où le poids du refoulement serait trop important.

    La Dernière Salade

    Je terminerai par une anecdote véridique qui m'a, en fait, donné l'idée de cet article. En saisissant incorrectement l'adresse d'un blog que j'ai cessé de visiter — mais dans le but de vérifier si comme beaucoup d'autres pseudo-défenseurs de la vérité actuellement, il avait également succombé au virus Charlie — j'ai eu droit à un magnifique message d'erreur 404 avec la mention « blog imbuvable ». Qui l'eut cru ? Que la censure soit déjà mise en place sur internet ou bien qu'elle soit capable de bon sens ? Lapsus bogus ?

    Ey@el

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    « AssassinHypocrisie »

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 21 Janvier 2015 à 11:12

    :)) , excellent. Je confirme : j'aime ton style. Bon jour à toi, Eyael

    2
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 17:55

    A tes fouets :-)

    Y'aurait pas un déconneur ? nan passe que y'a quelques fourchages que j'ai pas capté (shame on me)

    Sinon j'ai bien aimé le coup de "la dernière frisée" (si tant est qu'elle soit frisée LoL)

     

    3
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 18:15

    Et qu'est-ce donc que t'aurais point capté ?
    A vrai dire, je me gratte le menton...

    4
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 20:09

    Ben en gros tous les fourchages du châpitre "le royaume du crâne défoncé" mais comme il n'est pas exclu que je ne sois pas le seul, je m'attendais à trouver les traducs' sous forme de 1,2,3, etc ... pour chaque lapsus

    5
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 20:16

    J'escomptais laisser cela à l'imagination de chacun. Mais bon, s'il y en a d'autres que cela laisse un peu perplexes, pas de honte, faites-le moi savoir et je tâcherai de rajouter des notes en bas de page (ce qui me fait penser qu'EklaBlog n'ont toujours pas résolu les bugs et que c'est toujours aussi galère d'en rajouter).

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