• L'impact de la résonance morphique

    Article de Charles Eisenstein traduit par Ey@el

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    Lorsque je rencontre des pionniers dans certains domaines de la culture alternative, j'ai parfois le sentiment que même s'ils œuvrent à petite échelle — ce qui peut être au sein d'un petit éco-village, d'une prison isolée ou d'une communauté unique dans une zone de guerre ou de gangs —, ils le font en notre nom à tous. Pour moi, les changements qu'ils apportent créent une sorte de modèle à suivre pour nous autres afin que nous puissions accomplir en peu de temps ce qui leur aura pris des décennies d'effort et d'apprentissage. Quand je vois, par exemple, comment mon amie R est parvenue (alors que cela semblait perdu d'avance) à guérir en profondeur des abus qu'elle a subi dans son enfance, je pense que si elle en a été capable cela veut dire que des millions d'autres comme elle le peuvent aussi et que sa guérison va leur faciliter la tâche.

    Il m'arrive même de pousser cette réflexion un peu plus loin. Une fois, dans un refuge pour hommes, un des participants nous avait montré des cicatrices sur son pénis occasionnées par des brûlures de cigarette infligées par un parent adoptif pour le punir quand il avait cinq ans. Cet homme était dans une puissante phase de libération et de pardon. En un éclair, je compris alors que sa raison d'être, ici bas sur Terre, était de recevoir et guérir cette blessure comme un acte de service pour nous tous qui allait transformer le monde. Je lui ai dit : « J, si tu n'accomplis rien d'autre dans cette vie que te guérir de ça, alors tu auras rendu un immense service à l'humanité ». Une vérité palpable pour tous ceux en présence.

    L'esprit rationnel, enlisé dans la séparation, est dubitatif quant aux changements que cela serait susceptible d'induire. Pour lui, cette guérison ne pourrait avoir de répercussions au-delà de l'influence directe personnelle de cet homme que si elle était rendue publique pour en faire, par exemple, une histoire inspirante. Ce que je ne conteste pas. L'histoire de la guérison de J tire peut-être son influence du récit que je vous en fais actuellement. Il n'en demeure pas moins que les récits ne sont qu'une partie des vecteurs de manifestation possibles d'un phénomène beaucoup plus universel. Certes, faire connaître votre projet, votre guérison personnelle ou ce que vous avez inventé pour la société est un des moyens de transformer le monde. Mais même si personne n'en entend jamais parler, même si personne sur cette planète ne peut le voir, l'impact n'en sera pas moindre.

    La résonance morphique

    Le principe invoqué ici est celui de la « résonance morphique «, un terme inventé par le biologiste Rupert Sheldrake. Il se présente comme une propriété fondamentale de la nature qui rendrait les formes et motifs contagieux : ainsi dès que quelque chose se produirait quelque part, cela entraînerait la même chose à se reproduire ailleurs. Un de ses exemples favoris est celui de certaines substances comme le turanose (forme de saccharose présente en faible quantité dans tous les miels — N.d.T.) et le xylitol (sucre de bouleau, utilisé comme édulcorant naturel — N.d.T.) qui, après avoir conservé leur état liquide pendant des années durant se sont mises soudain à cristalliser dans le monde entier. Des chimistes ont passé des années parfois à essayer d'en obtenir des formes cristallines et une fois leur but accompli, le processus est désormais facile comme si ces substances avaient appris comment faire.

    Sheldrake évoque la possibilité que ce phénomène puisse s'expliquer par des « particules d'ensemencement » — de petits morceaux de cristaux emportés par le vent ou se retrouvant sur la barbe d'un chimiste de passage pour atterrir dans une solution sursaturée, initiant ainsi la cristallisation. Donc, dit-il, testons la théorie de la résonance morphique en isolant un échantillon dans un laboratoire où l'air est filtré. Si les cristaux s'y forment toujours facilement, cela validera cette théorie.

    Je concède à Sheldrake que certains aspects du mystère de la cristallisation s'opposent à l'explication des particules d'ensemencement et que son expérience la réfute. Là où je suis toutefois en désaccord est que si l'explication par les particules d'ensemencement s'avère vraie, elle invalide celle de la résonance morphique. Or c'est tout le contraire : le principe universel de résonance morphique demeure que la poussière de cristaux soit ou non le vecteur de sa transmission. Si l'expérience d'isolation fonctionne, on pourrait exiger que le labo soit également sous protection électromagnétique, la « semence » pouvant aussi être une vibration électromagnétique. Et il y a peut-être d'autres influences dont nous n'avons pas la moindre idée. Sheldrake semble vouloir séparer la résonance morphique de tout type de causalité directe, mais et si toutes ces influences causales n'étaient pas des alternatives à l'induction du champ morphique mais plutôt des exemples de la manière dont opère ce dernier ? Ce serait là l'opportunité d'élargir le domaine de la matière en incorporant les propriétés de l'esprit plutôt que d'avoir recours à quelque chose d'extramatériel pour accorder de l'intelligence à un monde matériel inanimé.

    Ré-imaginer la cause à effet

    Dans le même ordre d'idée, l'impact sur le monde de nos transformations à l'échelle personnelle, relationnelle ou locale pourrait tout aussi bien se produire par le bouche à oreille que par l'effet ricochet de personnes transformées transformant à leur tour d'autres personnes. Ce sont là deux mécanismes de transmission de cause à effet que notre mental conditionné à la séparation que notre mental conditionné à la séparation est en mesure d'accepter. Ce que nous avons toutefois du mal à admettre est que les répercussions de nos actes ne dépendent pas de ces mécanismes qui ne sont que des vecteurs d'implémentation d'une loi métaphysique universelle. Même si personne n'entend jamais parler de votre acte de compassion — même si le seul témoin visible est une personne mourante, l'effet n'en est pas moins puissant que si quelqu'un en faisait un documentaire.

    Je ne suis pas en train de dire qu'il faudrait par conséquent rejeter tous les moyens traditionnels de propagation de notre travail, je préconise d'entretenir une certaine confiance en la signification de tout ce que nous faisons même lorsque notre vision ne parvient pas à pénétrer les voies mystérieuses et sinueuses par le biais desquelles nos actions parviennent au monde plus vaste.

    Il y a quelque chose d'insensé dans les actes les plus magnifiques et ceux qui transforment profondément le monde sont ceux que l'esprit de séparation ne peut comprendre. Le livre sortira sans doute, peut-être un documentaire sur un projet de réconciliation, mais il doit d'abord y avoir une latence, un temps pour faire une chose pour elle-même, un temps de concentration introspective sur le but et non le « méta » but. C'est de là que vient la magie. De là qu'affluent les synchronicités ; il n'y aucun sentiment d'obligation, juste de participer à initiative à large échelle qui semble dotée d'une intelligence qui lui est propre. Vous débarquez au bon endroit au bon moment. Vous répondez à des besoins concrets.

    Croyez-vous que changer le bassin à uriner d'une vieille femme peut transformer le monde ? Si vous le faites pour cette raison, ça ne marchera pas. Mais si vous le faites parce qu'elle en a besoin, alors oui, c'est possible.

    Il y a plusieurs années, Patsy, mon épouse d'alors, était agent immobilier. En phase terminale, Madame K., la mère d'un client, vivait dans une maison délabrée en dehors de la ville. Un jour, Patsy s'est rendue chez cette dame pour prendre des mesures et l'a trouvée gisant sur le sol dans son urine et ses excréments, incapable de se lever. Elle a passé une heure à lui faire sa toilette et lui a donné la soupe aux œufs qu'elle avait acheté pour son propre déjeuner — les seuls aliments nutritifs que Madame K. avait ingurgités depuis longtemps, son fils ayant deux emplois et habitant à une heure de chez elle. Elle mourut peu de temps après et au lendemain de sa mort, la maison s'écroula comme si elle ne tenait que par les habitudes et les souvenirs de sa propriétaire.

    À l'époque, Patsy n'aurait jamais imaginé que cette réaction humaine instinctive envers une femme dans le besoin allait ou aurait pu changer le monde. Cela ne lui traversa pas du tout l'esprit, ce qui est bien naturel. Son choix d'aider avait mis en balance sa compassion et les besoins concrets de son emploi du temps chargé. Une partie de son mental lui disait d'appeler la police, qu'elle allait rater ses autres rendez-vous, que ce n'était pas de sa responsabilité, que cela n'avait aucune importance... Mais inconsciemment, elle savait, au contraire, que c'était important. Tant de voix font pression sur nous pour oublier l'amour, oublier l'humanité, sacrifier le présent et le réel pour ce qui nous parait plus réaliste. C'est là que l'on se trouve l'antidote au désespoir : en évacuant nos illusions de réalisme, nous nous reconnectons aux besoins du présent auxquels nous sommes confrontés, permettant ainsi à ces actes insensés et irréalistes de produire des miracles.

    Reconnaître son impact

    Le principe de la résonance morphique légitime l'importance perçue de ses actes absurdes et invisibles. Le champ morphique nous incite-t-il à nous fier à ces élans de compassion ? Le champ morphique nous incite-t-il à donner le meilleur de nous-même pour satisfaire aux besoins qui se présentent à nous ? Imaginez si nos politiciens et dirigeants de grandes entreprises se retrouvaient pris dans dans ce champ à agir avec compassion plutôt que par calcul, par humanité plutôt que selon des motifs purement abstraits.

    Il ne fait aucun doute que certains d'entre vous doivent se dire que « Eisenstein a l'air de penser que si tout le monde se soucie de prendre soin de sa grand-mère et de ramasser les ordures dans le parc, le réchauffement climatique, l'impérialisme, le racisme et tous les autres problèmes catastrophiques auxquels est confrontée notre planète vont se résoudre d'eux-même comme par magie ».

    Tout d'abord, les actions personnelles, locales ou invisibles que j'ai évoquées n'excluent aucunement d'autres types d'action comme écrire un livre ou organiser un boycott. En fait, entendre l'appel et se fier au moment choisi pour les premières favorisent la même disposition envers les dernières. Je parle d'un mouvement massif vers une espace d'inter-être depuis lequel on agit pour chaque type de situation. L'univers invoque nos dons sous différentes formes à divers instants. Lorsque cet appel touche au personnel et restreint, entendons-le pour en prendre l'habitude quand il touchera à quelque chose de plus vaste et publique. Cessons d'écouter la logique de la séparation qui dévalue le petit et le personnel.

    Lorsque mes deux aînés étaient petits, j'ai été père au foyer pendant plusieurs années, plongé dans un univers de couches et de courses tout en essayant d'écrire mon premier livre. Souvent je me suis senti terriblement frustré, à me torturer l'esprit de pensées telles que « j'ai tant de choses importantes à partager avec le monde et je me retrouve ici à changer des couches et à faire la cuisine toute la journée ». Ces pensées me détournaient du don à portée de main et me rendaient moins présent avec mes enfants. Je ne comprenais pas que ces moments où je me résignais à la situation, laissais tomber mon travail d'écriture et me consacrais pleinement à mes enfants avaient un effet tout aussi puissant sur l'univers que n'importe quel livre que j'aurais pu écrire.

    Imaginez-vous sur votre lit de mort à vous repasser le film de votre vie. Quels moments vous paraîtront les plus précieux ? Envers quels choix éprouverez-vous le plus de reconnaissance ? Pour Patsy, ce sera faire la toilette de Madame K. bien plus que pour tout bien immobilier qu'elle aura pu vendre. Pour moi, ce sera pousser Jimi et Matthew en haut de la colline dans leurs petites voitures plus que n'importe quelle réalisation publique dont je me souvienne. Sur mon lit de mort, je serai reconnaissant pour chaque choix de connexion, d'amour et de service.

    Pouvez-vous approuver un univers dans lequel ces perceptions au seuil de la mort seraient fausses ? Pouvez-vous approuver un univers dans lequel nous devons nous blinder pour mettre ces choses de côté afin de pouvoir nous consacrer plus efficacement à sauver la planète ? Vous ne voyez pas que nous blinder pour dépasser notre humanité est justement ce qui est à l'origine de nos problèmes ?

    Adopter de nouveaux paradigmes scientifiques

    C'est de l'histoire ancienne. Nous en avons presque terminé de nous conquérir nous-mêmes tout comme nous sommes arrivés presque au bout de notre conquête de la nature. Heureusement, notre entrée dans le monde de l'inter-être n'a plus besoin de s'opposer à ce que la science nous apprend de la nature de la réalité. Nous pouvons commencer à adopter de nouveaux paradigmes scientifiques qui confirment notre compréhension que l'univers est intelligent, intentionnel et entier. Lesquels paradigmes suscitent le courroux de la vieille garde parce que justement ils valident cette compréhension. Raison pour laquelle, on les qualifie de « non scientifiques » ou de « pseudo-scientifiques » — non pas parce qu'ils s'appuient sur des éléments de preuve inférieurs ou une pensée incohérente mais parce qu'ils portent atteinte aux postulats profonds et incontestables encodés par le mot « science ».

    Soyons réalistes. Si tout est doté d'une conscience, par conséquent tout ce que nous avons cru possible, concret et réaliste est beaucoup trop limité. Nous sommes sur le point de faire une avancée révolutionnaire historique en nous connectant à l'esprit de la nature. Que pouvons-nous accomplir lorsque nous sommes en harmonie avec ce dernier ? Je veux parler d'authenticité par opposition à l'ancienne signification qui serait d'ignorer le non mesurable et le subjectif en faveur du quantifiable et du contrôlable. Le type de mentalité qui a mis hors de portée les immenses capacités de l'humanité : les technologies de réunion qui englobent en majeure partie ce que nous qualifions actuellement d'« alternatif » ou d'« holistique ». Toutes relève, d'une manière ou d'une autre, du principe d'inter-être.

    Un ami m'a demandé récemment s'il était vrai que si nous sommes à un tournant critique de l'histoire de la planète où tous les êtres suprêmes se sont réunis pour ce moment crucial de la naissance de l'humanité, pourquoi alors ne voyons-nous pas les grands avatars et les faiseurs de miracles de jadis ? Ma réponse fut qu'ils sont bien là mais œuvrent en coulisses. L'un d'entre eux est peut-être une infirmière, un éboueur, une institutrice de maternelle. Ils ne font rien de grandiose ni de public ; rien qui, à nos yeux, semble produire les miracles nécessaires pour sauver notre monde. Nos yeux nous jouent des tours. Ce sont ces personnes qui maintiennent la trame du monde en place et l'espace dans lequel nous autres pourrons nous engouffrer. Faire des choses publiques, à grande échelle est important et requiert tous notre courage et notre génie, mais pas autant de foi et de solidité dans le domaine de l'entre-être que les humbles actions invisibles de ces gens-là comme les instituteurs de maternelle par exemple.

    La révolution dans la manière dont nous opérons nos choix

    Alors, quelles que soient les raisons qui vous font choisir de faire de petites ou de grandes choses, ne les laissez s'inspirer de la croyance impérieuse motivée par la peur que seules les grandes actions publiques ont la moindre chance d'influencer les masses et de sauver le monde. La manière dont nous opérons nos choix constitue une partie de cette révolution dans laquelle nous prenons part. faire ce qui est possible, la bonne vieille méthode fonctionne très bien. Lorsque nous avons un plan pour aller d'un point A à un point B, il suffit de suivre les instructions. Nous n'en sommes plus là. les résultats calculés ne suffisent plus. Nous avons besoin de miracles. Nous avons eu un aperçu de notre destination, celle que nous prédit l'espoir mais nous n'avons pas la moindre idée de comment nous y rendre. Nous parcourons un chemin invisible sans carte et sans voir où chaque tournant nous mène.

    Même en acceptant de ne faire qu'un avec le monde, vous ne pourrez pas déterminer s'il sera préférable pour tous les êtres sensibles que vous restiez davantage à la maison et réduisiez vos émissions carbone plutôt que de prendre votre voiture pour vous joindre à une manifestation pour protester contre le forage. Se livrer à ce genre d'estimation relève de l'histoire ancienne qui cherche à tout quantifier, à additionner les effets de toute action et à faire des choix en conséquence. La nouvelle histoire apporte bien plus de chamboulement qu'une simple réévaluation des risques et la recherche de nouveaux avantages. Elle ne va pas vous aider à choisir dans un esprit de calcul mais vous fournira un cadre logique au sein duquel vos choix venant du cœur apparaîtront bien plus sensés.

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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