• Le verger onirique : saisir la portée des rêves au travers du prisme de la Cabbale

    Article de Linda Yael Schiller traduit par Ey@el

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    Un rêve non élucidé est tel une lettre jamais ouverte.
    ~ Le Talmud

    Il y a quelques années, j'ai mis  au point un système pour étudier les différentes couches du rêve comme on le ferait pour les quatre éléments de la pensée mystique de la Cabbale (qui représentent les quatre niveaux d'interprétation possibles de la Torah) que j'ai baptisé Pardes (le verger). Nous venions juste de recevoir un communiqué en provenance de Chine nous informant que nous allions pouvoir venir chercher notre fille dans les mois à venir. M'apprêtant à devenir maman pour la première fois, j'ai commencé à faire de la gym et de la musculation pour préparer le terrain en augmentant ma résistance tant sur le plan physique qu'émotionnel. Sur le tapis roulant, pour passer le temps, j'écoutais souvent des CD. Tantôt une série de David Cooper traitant de la Cabbale, tantôt une autre de Robert Moss sur le travail onirique. Je pense que ces apprentissages en alternance combinés aux mouvements bilatéraux de la marche synchronisée (gauche-droite, gauche-droite, reproduisant le principe de l'EMDR, la désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) ont créé un brassage dans mon cerveau, donnant lieu à ce mode d'appréhension des rêves. Un entrecroisement de mes réseaux neuronaux à mi-chemin entre Cooper et Moss qui m'a fait aboutir à cette synthèse.

    L'appellation Pardes est à la fois un acronyme et un nom. Le mot « PaRDeS » (composé des consonnes P, R, D, S) signifiant « verger » en hébreu, est une allégorie du Jardin d’Éden. En outre, chacune des lettres de l'acronyme correspond à un nom : P'shat, Remez, Drash et Sod. Bien que chaque niveau puisse se comprendre et s'apprécier tel quel, en les examinant tous ensemble, le rêveur est susceptible de recevoir des éclaircissements ou des conseils concernant sa vie quotidienne et la manière dont son passé proche et/ou lointain peut encore l'affecter mais également connexions spirituelles et des instructions pour lui-même, les autres, sa communauté et pour une plus grande raison d'être.

    Voici ces quatre niveaux et leur signification :

    1. P'SHAT (la simplicité)

    Il s'agit du plan littéral, la base sur laquelle repose le scénario en lui-même. On y trouve le plantage du décor et les personnages tels qu'ils apparaissent dans le rêve. Ici, tout est à prendre au sens propre. L'histoire peut y être entièrement examinée sur cette base narrative sans éléments d'interprétation ou d'association. À ce niveau, tout peut s'étudier en dehors ou à l'intérieur du rêve, mais sans apport ni modification, comme une simple exploration appréciée en tant que telle. Vous tenez là la valeur intrinsèque du récit onirique dont vous pouvez profiter entièrement. (Un membre de mon groupe d'étude onirique qui écrit des livres pour enfants s'inspire fréquemment de ses rêves pour ses thèmes et débuts d'intrigue, parfois dans leur intégralité où elle n'a plus qu'à les retranscrire.)

    2. REMEZ (l'évocation)

    C'est sur ce plan que se situent nos premières associations physiques et mentales aux constituants oniriques, lesquels ne figurent pas directement dans le rêve lui-même mais nous sautent aux yeux dès que nous entreprenons de réfléchir à sa signification. Ils sont ce que nous évoquent les éléments du rêve, le niveau du « oui, je sais ce que cela veut dire ou représente ». Nous pouvons y retrouver les influences d'événements survenus récemment ou non dans notre existence et ce qu'il s'y passe sous une forme à peine voilée ou cryptée derrière un symbole. Nous percevons rapidement ce qu'il y a derrière ce voile dont la signification est gravée sous la surface des mots et du décor du rêve lui-même. À ce niveau de l'étude, nous pouvons avoir une réaction cognitive (« Oui, c'est ça ») ou bien émotionnelle ou physique (nous pouvons, par exemple, avoir froid, éprouver de la colère, ressentir des aigreurs d'estomac, des étourdissements, un picotement dans les doigts, etc.) mais sans savoir encore pourquoi.

    3.  DRASH (la révélation)

    Ce plan est dérivé du terme Lidrosh qui signifie courir après ou poursuivre. C'est là que nous avons une « révélation » après avoir analysé les constituants oniriques à l'aide de diverses techniques afin de dépasser notre savoir conscient ou ce que nous pensons savoir au départ. Nous sommes souvent obligés de « poursuivre » ce sens plus profond pour en retirer tous les bénéfices du rêve. Il s'agit de la couche symbolique, le niveau de sagacité, de corrélation, de connexions profondes — « l'effilochage » du rêve où la poursuite de certains rapprochements peuvent nous nous mener bien au-delà de ses constituants, pointant vers d'autres qui n'y figuraient pas implicitement. Pour ce faire, nous pouvons avoir recours à diverses techniques dont la richesse de notre imagination, un retour dans le contexte onirique ou une approche énergétique des éléments, le Gestalt ou la thérapie du contact et diverses formes d'expression pour accéder à la couche profonde.

    4. SOD (le secret)

    C'est sur ce plan plus enfoui que nous pouvons trouver une guidance mystique ou spirituelle, un peu en analogie avec ce que Jung qualifiait de « grands » rêves et dont la compréhension est susceptible d'avoir une signification profonde concernant nos vies et éventuellement celles de notre entourage. On y accède souvent par une revisitation du rêve et peut nous servir de passerelle sur d'autres domaines et modèles d'apprentissage. Il représente le transpersonnel, le mystique, le « secret », notre connexion aux autres mondes au delà du temps et de l'espace — notre relation au divin. Il peut être la réminiscence d'une sagesse ancienne transmise par nos ancêtres spirituels pour nous indiquer une voie, une vision, un espoir. Parfois ce niveau constitue le contenu manifeste du rêve — des rêves qui nous donnent plus envie de « communier » avec eux que de les analyser plus en détails afin de nous imprégner de leur éclat déjà visible. (En guise d'exemple, une amie avait rêvé qu'elle portait une robe blanche au drapé très fluide et qu'elle était entourée d'êtres célestes également vêtus de la sorte et elle en éprouva une sensation de paix.) La première chose que nous faisons avec ce type de rêve est de nous en imprégner. Ce n'est qu'après que nous nous travaillons ses différentes strates sémantiques.

    Faites de beaux rêves !

    Traduit de l'anglais par Ey@el
    © lapensinemutine.eklablog.com

    Notes et références

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Février à 15:21

    Rien que le titre y fait peur PTDR

      • Samedi 18 Février à 15:37

        Chochotte !

      • Lundi 20 Février à 18:27

        C'est sûr que pour briller en société, c'est pas la citation idéale. ˆˆ

    2
    Lundi 20 Février à 18:43

    J'ai du mal à entrevoir une lecture des rêves à partir d'une telle classification, d'autant que  la traduction du symbolisme inhérent aux rêves dépend du paysage émotionnel du rêveur (son vécu et ses sensibilités). Que fait-on de ces niveaux, concrètement ?

    3
    Lundi 20 Février à 20:28

    Intéressant, pour l'instant je ne comprends plus rien du tout à mes nuits, je sais juste qu'elles sont très mauvaises. Et, malheureusement, je ne me souviens pas trop de mes rêves en ce moment !  

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