• Polaroid Android : La Passe-miroir

    Article d'Ey@el

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    Comme il est bon de paresser au soleil avec un bon bouquin ! Cela faisait une éternité que je voulais partager avec vous mon méga coup de cœur littéraire. Trois ans pour être précise.  Mais ne sachant pas trop comment vous en parler sans dévoiler certains éléments de l'intrigue, j'attendais le bon moment et surtout d'avoir lu les autres tomes, histoire de ne pas être déçue. Et je ne le suis pas. Je suis super emballée par cette série « jeunesse » comme jamais depuis Harry Potter et j'irais même jusqu'à dire qu'elle lui arrive largement à la cheville sauf que comparer les deux univers serait non seulement réducteur mais totalement inapproprié car contrairement à celui de l'œuvre de J.K. Rowling, le monde hybride imaginé par Christelle Dabos relève de la fantasy pure (avec une touche de steampunk1) sans aucune incursion dans notre réel.
     
    La Passe-Miroir est donc un cycle en quatre volumes (le troisième venant tout juste de paraître il y a à peine deux mois) écrit par une jeune Française expatriée en Belgique, lauréate du concours du premier roman jeunesse organisé par Gallimard en 2012. Dans le premier tome, nous découvrons un monde éclaté en arches, flottant en apesanteur dans le cieux à la suite d'un cataclysme appelé la Déchirure. Chacune de ces arches est gouvernée par un Esprit de famille immortel à la mémoire défaillante (mais il y a une raison à cela que l'on découvrira peu à peu au fil de l'histoire) et dont les habitants aux pouvoirs étranges sont les descendants.

    Les Fiancés de l'hiver

    L'héroïne vit donc sur Anima, l'arche où les objets ont une vie propre. Petite binoclarde solitaire, mal fagotée et maladroite, elle n'est pas sans rappeler un certain Harry mais le parallèle s'arrête-là. Ophélie est une jeune adulte au pouvoir de liseuse, capable de retracer, par simple contact, le passé d'un objet et les pensées de tous ceux qui l'ont eu entre les mains. Mais elle a également un autre talent caché peu commun : celui de traverser les miroirs, un peu comme s'il s'agissait de Portoloins2. Elle mène une existence paisible au sein d'une famille nombreuse (à l'instar des Hobbits de Tolkien) jusqu'à ce que les Doyennes décident de lui imposer un mariage diplomatique à un homme du Pôle qu'elle ne peut refuser sous peine d'être bannie à jamais de sa famille et de son arche natale.

    Accompagnée de sa tante Roseline qui lui sert de chaperon, elle part alors pour la Citacielle rejoindre son fiancé aussi froid et distant qu'un iceberg et qui n'a pas l'air plus enchanté qu'elle de sa présence. Elle y découvre une société décadente et bien différente où s'affrontent allègrement dans la débauche, la violence, le meurtre et la corruption, des clans rivaux. Sans parler des complots de boudoir où les favorites se disputent les faveurs du grand Farouk — le tout rappelant bien sûr la cour de Louis XIV et les romans d'Alexandre Dumas.

    Les Disparus du Clairdelune

    Promue vice-conteuse auprès du grand Farouk, Ophélie devient, à son tour, la cible des haines et des complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle et se retrouve impliquée malgré elle dans une histoire qui la dépasse totalement et la concerne directement. Une tentative de résumé banale (par souci de ne rien révéler qui pourrait vous gâcher la surprise) bien loin du compte avec moult retournements de situation et pas le moindre temps mort.

    La Mémoire de Babel

    Plus de deux ans et demi se sont écoulés depuis les derniers événements. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, une arche cosmopolite à la pointe du modernisme que l'auteure décrit comme « un mélange de l’Inde, de l’île de La Réunion [...], de l’antique Babylone et de ses jardins suspendus. » Avec ce nouveau tome, nous passons directement de l'atmosphère dumasienne/pullmanienne à une dystopie purement orwellienne avec des relents de Farenheit 451. Ophélie se retrouve à intégrer les rangs d'une grande école où bizutage, élitisme, trahison et coups bas règnent en maître. Avec une intrigue toujours aussi captivante et bien ficelée dont le rythme imprévisible ne s’essouffle jamais, Christelle Dabos nous surprend en sortant des sentiers battus de la fantasy, de ses codes et ses clichés, par un savant mélange original de genres. Ses néologismes n'ont même rien à envier à ceux de son aînée britannique J.K. Rowling. Ses Tramoiseaux et ses Salondenvers, par exemple, sont de véritables délices pour notre imaginaire et valent bien tous les Sabliers du monde.

    Voici un petit extrait qui m'a paru pertinent en rapport avec l'état de conscience sévissant actuellement dans notre monde à nous :

    Ma mère n'a rien voulu entendre. Elle n'en démord pas : ce qui est arrivé à ***, à ***, au *** ne sont rien qu'une série d'accidents. Le témoignage du *** ? Des divagations. Elle y met une telle mauvaise volonté que j'ai presque cru qu'elle... c'est terrible à dire... qu'elle me cachait des choses. Mais je pense que le pire, c'est qu'elle croit réellement en ses propres affirmations. Elle est si obsédée par la perfection de notre cité qu'elle ne peut tout simplement pas concevoir que la réalité soit différente.

    Dire qu'il va falloir attendre au moins un an voire plus avant de pouvoir lire la suite. Entre temps, la série, dont les deux premiers tomes se sont vendus à plus de 130.000 exemplaires, devrait être traduite en plusieurs langues dont en anglais, en italien et en espagnol. Pour de plus amples informations, je vous invite à consulter le site officiel de la Passe-miroir ou encore à lire cette passionnante interview où l'auteure nous rèvéle tout sur son approche d'écriture et la génèse de son œuvre.

    Ey@el

    Notes et références

    1. ^ À l'origine, le steampunk est un genre littéraire dont Jules Verne, Albert Robida ou H. G. Wells fournissent les caractéristiques et l'esthétique de l'univers d'expression à travers leurs romans ou les adaptations cinématographiques qui en ont été faite. Par extension sont assimilés au genre du steampunk les récits qui se déroulent soit dans le futur, soit dans un présent uchronique alternatif — où apparaissent des personnages historiques ayant réellement existé —, quand leur décor rappelle le design de l'environnement industriel du XIXe siècle ou que la société qu'ils décrivent ressemble à celle de l'époque édouardienne, socialement très rigide et cloisonnée. (Source)
    2. ^ Dans la saga Harry Potter, un Portoloin est un objet ensorcelé d'apparence quelconque (par exemple une botte, une clé) pouvant transporter une ou plusieurs personnes à un endroit et une heure fixés d'avance.
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Août à 19:56

    Oh ! Tu m’intéresses là ! merci pour le retour de lecture. Je note ça dans un coin de mon cerveau pour mes futures lectures ! 

      • Jeudi 10 Août à 21:30

        Oh, je suis sûre que tu vas adorer. Ce sont de gros pavés de 500 pages mais ça se lit vraiment facilement et un peu trop rapidement à mon goût.

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