• Projet Eklabugs : La fête à la grenouille

    Article d'Ey@el

    © Nahiti/ Ey@el (animation)

    Ce mois-ci sur Eklabugs, comme que je me retrouve une nouvelle fois seule à la barre du rafiot en perdition, c'est donc moi qui fait la pluie et le beau temps. Ce qui tombe bien vu que c'est justement de ça dont nous allons parler. Parler du temps est le dernier refuge du manque d'imagination disait Oscar Wilde. Ah oui ? Eh bien, on va voir ça...

    Soufflons le froid et le chaud

    Du temps qu'il fait, t'en fais pas
    Mets tes hauts et oublie tes bas

    ~ Proverbe eyaelien

    Il est vrai qu'en ce moment, côté météo, ce n'est pas trop au beau fixe dans nos têtes. On pourrait même dire que nous sommes carrément sous l'eau — ou sous la météo comme outre-Manche.

    En réalité, il n'y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements. C'est du moins ce qu'affirment les Suédois qui doivent plus souvent affronter le froid sibérien que celui des canards — tiens d'ailleurs pourquoi ne dit-on pas plutôt un froid de pingouin ?

    Au Québec, on parle de temps cru — ça frette ! Faut croire que le canard ou le pingouin gelé, c'est trop long à cuire alors autant le consommer tel quel on ze rocks. Normal quand il gèle à pierre fendre ou qu'il tombe des plumes d'oies (ou des peaux de lièvre), c'est plus commode.

    Et puis, si un Anglais, un peu débordé (ou arrosé), se retrouvait enneigé dessous1, on le retrouverait forcément au dégel vu que, selon l'adage viking, ce qui est caché sous la neige refait surface à la fonte.

    Alors si dans l'hémisphère nord, il gèle à en perdre les oreilles (ah, toujours aussi pragmatiques nos amis belges — en France, c'est surtout pour nos fesses qu'on craint), sachez qu'en d'autres endroits du globe, ils fondent littéralement sous un soleil de plomb : en Inde, il pleut du feu ; en Chine les nuages brûlent ; et en Australie, il fait plus chaud que sous l'aisselle d'un tondeur.

    Ce n'est pas pour plomber l'atmosphère mais il faut dire qu'il y a quand même beaucoup de moutons en Australie. Et de tondus. Forcément.

    Si le ciel ne pleure pas, la terre ne rira pas2

    Revoilà la pluie qui se déverse
    Dans ma tête comme une tragédie
    Telle une nouvelle émotion qui me déchire

    ♫ "Here Comes The Rain Again", Eurythmics (1983)

    Ceci dit, dans l'immédiat, ce ne sont pas tant les courbes délirantes des variations climatiques qui sont les plus préoccupantes mais plutôt l'air malsain de cette purée de pois dans laquelle patauge l'humanité depuis plus d'un an et qui s'attaque directement aux cellules grises. Un brouillard à couper (le bon sens) au couteau qui pourrait aisément servir de décor naturel à un mauvais film de série B mettant en scène des zombies. Personne n'a lu Brume de Stephen King ? Où encore Le Fléau ? Cellulaire ?

    Hormis pour ceux nés de la dernière pluie ou partis avec les fées3, qui flottent la tête dans les nuages (à prononcer « niou ai-je ») et pour qui autant en emporte le vent, ce temps de chien (ou de chacal plutôt) est vraiment en train de passer de la pluie au caniveau4 comme on dit en Allemagne.

    Qu'il tombe des hallebardes, des canifs5, des fourches6, des clous7, des briques8, des cordes, des seaux, des verres9, des manches de pipe10, des crocodiles11, des chats, des chiens12, des cochons, des poulets13 (la liste est loin d'être exhaustive) — ou qu'il pleuve comme vache qui pisse, nul ne saurait nier qu'il y a de l'orage dans l'air.

    Une tempête dans un verre d'eau en préparation ?

    Non, un vent à décorner les bœufs dont c'est justement l'année (voir Articles connexes) et qui vont guère apprécier de se faire couper l'herbe sous le sabot et sucrer leur pâturage par Monsatan et les mauvais génies sortis des fioles de Necrosoft.

    La seule météo 100% fiable est celle de la veille

    Il pleut, il mouille
    C’est la fête à la grenouille
    Il pleut, il fait beau temps
    C’est la fête du serpent

    ~ Comptine

    Qui s'y frotte s'y pique. Qui s'y pique s'y nique. Qui s'y nique s'y damne.
    (Il faut le dire vite et à voix haute.)

    Vous connaissez tous l'histoire de la pauvre grenouille-baromètre que l'on gardait prisonnière dans un bocal pour mesurer le taux d'humidité ambiant. Mais connaissez-vous celle de la grenouille plongée dans une marmite d'eau froide ?

    Une grenouille nage tranquillement dans une marmite remplie d’eau froide. Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et elle continue à nager.

    La température continue de grimper. L’eau est maintenant chaude, c’est un peu plus que n’apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.

    L’eau est cette fois vraiment chaude, la grenouille commence à trouver cela un peu désagréable, mais elle s’affaiblit, alors elle supporte et ne fait rien.

    La température continue à monter jusqu’au moment ou la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.

    Si la même grenouille avait été plongée dans l’eau à cinquante degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée de la marmite. (source)

    C'est pourquoi, l'humanité doit désormais, plus que jamais, faire fi de ses différends et offrir un front uni pour agir contre vents et marées au risque de s'attirer les foudres de Sauron qui voit rouge et ne sait plus où tourner de l'Œil du haut de sa tour du Mordor14.

    Parce que contrairement aux apparences, les grenouilles ont le vent en poupe et tout pourrait bien basculer en un éclair de (bon) génie. Certes pas dans la rue où elles sont (très impatiemment) attendues mais là où le bât blesse. Là où la grenouille leur restera coincée dans la gorge15.

    Alors petites grenouilles de bénitier ou d'étang, faites le grand saut quantique qu'on les nique !

    Je vous invite maintenant à aller voir ailleurs le temps qu'il fait chez les autres participants dont vous trouverez la liste ci-dessous.

    Ey@el

    Notes et références

    1. ^ Expression idiomatique anglaise signifiant « être débordé, crouler sous ».
    2. ^ Proverbe turc.
    3. ^ Expression idiomatique anglaise signifiant « être totalement déconnecté de la réalité ».
    4. ^ Expression allemande signifiant « qui s'aggrave ».
    5. ^ Expression brésilienne.
    6. ^ Expression anglaise.
    7. ^ Expression québécoise.
    8. ^ Expression néerlandaise.
    9. ^ Expression turque.
    10. ^ Expression belge.
    11. ^ Idem.
    12. ^ Expression anglaise.
    13. ^ Expression américaine.
    14. ^ Le « méchant » du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien.
    15. ^ Expression anglaise équivalente à « avoir un chat dans la gorge ». À savoir aussi que les Anglophones nous surnomment les « grenouilles ».

    Projet EklaBugs #68

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    « Il s'avère que la modification du climat n'était pas encore une de ces théories du complot délirantesAu fond du puits »

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 31 Mars à 09:08

    Hello (ou Et l'eau, clin d’œil à la grenouille ;)

    tu me fais penser à un film d'Audiard : à chaque fois qu'on le regarde on découvre un jeu de mot qu'on avait loupé  :)))

    Bien joué : jolies déclinaisons de fines subtilités :)  

    ô tempora... ô grenouilla ? 

     

      • Mercredi 31 Mars à 15:40

        Wow, merci pour la comparaison, je suis très flattée... sarcastic

        Grenouille s'est bien faite avoir par la météo, il fait un temps splendide (mais on ne va pas s'en plaindre hein ?).

    2
    Dimanche 11 Avril à 19:43

    Avec toute chette drach, in n'a pas fini d'marcher dins l'berdoule ! diraient les picards ! 

    traduction :" Avec toute cette pluie il n'a pas fini de marcher dans la boue!"

    Je connaissais le conte de la grenouille. Et oui, on s'habitue en douceur à l’impensable alors que si on nous avait dit ça il y a un an, on aurait refusé tout net ! 

    j'ai découvert l'expression : "partir avec les fées" j'aime beaucoup ! 

    merci pour cet article drôle et sérieux à la fois ! 

      • Lundi 12 Avril à 00:30

        Contente de te retrouver et que l'article t'ait plu. Marrante cette expression en patois picard. C'est fascinant tous ces idiomatismes régionaux et d'autres pays. Et dire qu'ils essaient de nous enlever le langage. Il est vraiment temps que les grenouilles se laissent pousser les dents parce que tout ce qu'on nous a pris, on ne nous le rendra jamais sauf si on le reprend. Ceux qui croient encore qu'en se pliant à leurs excuses, ils retrouveront leur vie d'avant sont vraiment trop naîfs où ont désespérement besoin d'y croire.  Je crois que nos chères élites ont pris  l'amour pour une faiblesse et c'est en train de leur revenir dans la tronche avec toute la puissance d'une tornade. Comme Pipiou faisait référence plus haut à Michel Audiard, je trouve que ça tombe à pic de dire qu'il ne faut prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

    3
    Mercredi 14 Avril à 19:01

    C'est le temps qui me manque, je passe de temps en temps lire mais je ne prends pas toujours le temps de commenter ! ;) 

      • Vendredi 16 Avril à 00:07

        Je te comprends, je suis un peu comme ça aussi. Je lis tous tes postes mais parfois je n'ai pas le temps de commenter. Je me dis que je vais revenir le faire et puis j'oublie. Pas grave. On fait comme on peut avec ce qui nous traverse. Et ce n'est pas rien.

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