• Projet Eklabugs : Tu es ce que tu manges

    Article d'Ey@el

    Bouffe, bectance, boustifaille, mangeaille... Ce mois-ci nous allons faire ripaille, la nourriture étant à l'honneur pour cette quarante-septième session Eklabugs. De fait, cet article risque fort d'être indigeste. Je vous invite donc, dès maintenant, à prendre les précautions d'usage en fonction de vos fragilités digestives.

    Mais tout d'abord, pourquoi tant de mots vulgaires à consonance péjorative pour désigner le combustible destiné à fournir de l'énergie à nos cellules ? Serait-ce là une manière inconsciente de se dire que les aliments que nous consommons sont mauvais pour nous ? En tout cas, une chose est certaine : le langage est vraiment le miroir parfait de notre vision du monde et de nos focalisations inconscientes, offrant ainsi matière à réflexion — ou plutôt « nourriture intellectuelle » comme disent les Anglo-saxons.

    Voici quelques petites gourmandises linguistiques pour vos neurones — et visuelles pour le plaisir des pupilles. Allez, on commence par le dessert !

    Charlie et la pâtisserie

    Crème mandarine et Montélimar,
    Langue de gingembre et cœur d'ananas,
    Entremet café, c'est très bien,
    Oui, mais après la truffe de Savoie,
    Il va falloir te les faire arracher toutes.
    Oui, tu es ce que tu manges,
    Mais là, la douceur est en train de virer à l'aigreur.

    ♫ "Savoy Truffle", The Beatles (1968)


    Charles Savarin était un maître pâtissier savoyard réputé de renommée internationale. Son épouse Maryse1 lui avait donné trois belles filles prénommées Madeleine, Charlotte et Amandine avant de le quitter pour devenir religieuse au couvent de Saint-Honoré.

    Du pain béni pour la presse à scandale qui, n'ayant rien de mieux à se mettre sous la dent, en fit ses choux gras voire carrément des profiteroles allant même jusqu'à la pièce montée. Tout ça pour dire qu'ils en firent vraiment tout un flan, allant jusqu'à inventer une liaison éclair avec un sacristain2 bavarois après qu'un journaleux congolais belge d'une feuille de chou locale les ait soi-disant vus s’empiffrer de viennoiseries dans un café liégeois.

    Du pain perdu dans la Forêt noire3 qu'on ne retrouva jamais. La tête de nègre4 l'eut finalement dans le baba quand le divorcé5 décida de faire publier un démenti.

    Les mondanités n'étant pas sa tasse de thé, ce ne fut pas de la tarte pour le pauvre homme de se remettre de cette rupture, mais il finit par rencontrer sa Mona6 qui lui donna, sur le tard, des jumeaux, Florentin7 et Marcelin8.

    Et peu de temps après, ce fut au tour de Madeleine, son aînée qui avait épousé un financier, de mettre au monde un adorable petit bout de chou si parfait9 que c'est le prénom qu'elle choisit de lui donner pour faire plaisir à son papa-gâteau.

    Beignets de pommes vertes

    Hier je me suis réveillé en train de sucer un citron...

    ♫ "Everything in Its Right Place", Radiohead (2000)

    Clémentine, une pétillante jeune femme, un peu ronde, aux cheveux poil de carotte, haute comme trois pommes et toujours pressée, se creusait beaucoup trop le citron quant au meilleur moyen de se débarrasser de sa peau d'orange. Cerise, jolie brune aux yeux en amande et au teint de pêche, lui conseilla de ne consommer que des pruneaux à jeun.

    Mais Clem, qui avait de moins en moins la banane avec ce régime à la noix, finit par tomber dans les pommes. Aux urgences, elle fut prise en charge par un jeune interne, beau comme un melon, avec qui elle eut très envie d'aller cueillir la noisette10.

    Toujours à ramener sa fraise, Cerise, la face en pistache11, qui ne comptait pas compter pour des prunes, mêla son grain de sel et leur amitié tourna au vinaigre de cidre. Clem, qui croyait que la Cerise voulait lui piquer son Olivier, lui colla un marron et en retour se prit une châtaigne et un bon coup sur le citron.

    Le toubib sexy, mi-figue mi-raisin, n'en fichait pas une datte pour les séparer, se tenant là comme un gland à se fendre la poire parce que (oups !) lui préférait les poireaux aux abricots. Et puis de toute manière, il avait déjà un bel avocat dans le raisin12.

    Harry Cover et la Chambre froide

    Je ne suis pas un légume,
    Je ne vais pas me contrôler,
    Je vais cracher dans la soupe.

    ♫ "Vegetable", Radiohead (1993)

    Avec ses oreilles en chou-fleur, son nez en pomme de terre et son faciès rouge comme une tomate, Harry pouvait passer pour un dur à cuire. Pourtant il avait du sang de navet et un cœur d'artichaut.

    Gina, son épouse, une grande asperge maigre comme une échalote (ail ail ail) était la seule personne à mettre un peu de piment dans sa morne existence. Engagée dans la police pour suivre les traces de son père, au lieu de cela, elle s'était retrouvée aubergine à compter les fèves13 et à coller des prunes à tous les cornichons garés en rangs d'oignon dans des zones de stationnement interdit. Tout ça pour des haricots. Et pendant que ses homologues masculins collaient parfois des pruneaux et remplissaient le panier à salade de fruits véreux.

    Elle en avait gros sur la patate. Et comme elle n'avait plus un radis, histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards, elle s'était mise à accepter quelques pots de vin de grosses légumes pleines d'oseille qui s'étaient faites flasher à appuyer un peu trop sur le champignon. Un comble pour cette fille d'ancien bœuf-carottes14. C'est ainsi qu'elle avait rencontré Harry.

    Il avait un pois chiche dans la tête et ne lui prenait jamais le chou ; elle le traitait aux petits oignons et ne lui racontait jamais de salades. Elle avait la frite, il nageait dans le potage. Harry était un légume et Gina la chambre froide qui l'empêchait de bouffer les pissenlits par la racine.

    Le Thon normand

    Maman est en haut, qui fait du lolo,
    Papa est en bas, qui fait du chocolat,
    Et moi je suis là, à me croiser les bras
    À attendre que ça aille, et puis ça va pas.
    Je n'ai pas ma place où on me laisse de la place,
    Je me fonds dans la masse
    Comme un sucre dans une tasse.

    ♫ "J'sais pas quoi faire", Téléphone (1979)

    Avec sa trogne de rosbif et ses yeux de merlan frit, Colin Fisher n'avait rien d'un gros poisson même s'il était souvent amené à fréquenter tout le gratin de la haute. On aurait pu le prendre pour un maquereau à voir la morue au QI d'huître pendue mollement à son bras, saucissonnée dans un fourreau saumon à paillettes qui lui donnait l'air d'un sushi géant saupoudré de papier alu. Le thon moulé (ou l'andouille boudinée) était surmonté d'une vertigineuse choucroute laquée qui menaçait de s'écrouler à tout moment comme une avalanche de cheveux sur la soupe.

    Ce qui avait le don de faire bouillir Jean-Loup Ducroc, son associé aux dents longues, guère friand de quiches mais obligé de mettre de l'eau dans son vin et de boire le calice jusqu'à la lie pour ne pas rester en carafe (son dernier bilan financier étant un vrai gruyère). Inutile de se mettre la rate au court-bouillon, se répétait-il mentalement, la gourde (la schiappa en italien) n'est là que pour servir d'amuse-gueule et faire monter la sauce avant d'assaisonner les huiles. Ne pas en faire tout un plat. À nous le contrat juteux !

    Cela n'arriva malheureusement pas car un violent orage éclata soudainement au-dessus du yacht et tous les convives se firent saucer. Emportée par une vague, la nouille, déjà fortement imbibée, prit le bouillon et la négociation tomba à l'eau.

    La note de pressing promettait d'être salée.

    « Garçon, un blanc SEC s'il vous plaît ! »

    Le Dernier Casse-croûte

    Mais quand on est arrivé, on a trouvé la pluie.
    Ce qu'on avait oublié, c'était les parapluies.
    On a ramené les paniers, les bouteilles,
    Les paquets et la radio.
    On est rentré manger à la maison
    Le fromage et les boîtes,
    Les confitures et les cornichons,
    La moutarde et le beurre,
    La mayonnaise et les cornichons,
    Le poulet, les biscottes,
    Les œufs durs et puis les cornichons.

    ♫ "Les Cornichons", Nino Ferrer (1966)

    Je ne pouvais décemment pas vous laisser sur votre fin. Il nous fallait donc un générique de faim en images (cliquer sur chaque vignette pour l'agrandir) :

    Maintenant, si vous avez encore un petit creux, je vous invite à aller voir ce que vous ont mitonné avec amour les autres participants dont vous trouverez la liste un peu plus bas.

    Bon appétit !

    Ey@el

    Notes et références

    1. ^ La maryse est une sorte de gâteau à pâte feuilletée, crème et meringue suisse.
    2. ^ Le sacristain est une viennoiserie faite d’un bâtonnet de pâte feuilletée torsadé, parsemé de noix et saupoudré de sucre. 
    3. ^ La forêt-noire est une pâtisserie allemande constituée de génoise au cacao imbibée de kirsch puis fourrée de crème chantilly et de cerises. Elle est recouverte de crème chantilly et décorée de copeaux de chocolat.
    4. ^ La tête-de-nègre est une pâtisserie constituée de deux meringues entre lesquelles repose de la crème au beurre, le tout est enrobé de chocolat.
    5. ^ Le divorcé est une pâtisserie française constituée de deux boules de forme longitudinale en pâte à choux farcies de crème pâtissière. L'un des choux est parfumé au chocolat tandis que le second est parfumé au café.
    6. ^ La mouna ou mona est une brioche en forme de dôme ou de couronne de la cuisine pied-noir et algérienne.
    7. ^ Le florentin est un biscuit sec, traditionnellement réalisé à base de miel, d'amandes, d'oranges et de chocolat.
    8. ^ Le marcelin est un gâteau fait d'un fond de pâte recouvert de confiture de framboises, nappé d'un appareil à base d’œufs et de poudre d'amande, et poudré de sucre glace.
    9. ^ Le parfait est un dessert glacé sans cuisson à base de crème fraîche et d'œufs et d'un élément donnant le parfum (alcool, purée de fruits frais ou secs, vanille...).
    10. ^ Aller cueillir la noisette : chercher un endroit tranquille propice aux ébats amoureux.
    11. ^ La face en pistache : air renfrogné.
    12. ^ Avoir quelqu'un dans le raisin : aimer quelqu'un à la folie.
    13. ^ Compter les fèves : faire des choses sans importance.
    14. ^ Les bœuf-carottes : la police des polices.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 30 Juin à 22:10

    J'ai toujours du mal à lire tes articles d'une seule traite (et sans mauvais jeu de mots) Ça m'énerve, parce qu'ils sont bons, tes articles TTwTT

    J'avoue que tes histoires sont bien racontées (je ne parle que pour celles que j'ai lu pour le moment) et sincèrement, Jerry Gaulet à "lui préférait les poireaux aux abricots." j'ai pas pu me retenir x')

      • Dimanche 30 Juin à 23:51

        Merci ! Faut pas se retenir, c'est mauvais pour la vessie he

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