• Technotyrannie : l'autoritarisme sévère de l'état espion (1)

    Article de John W. Whitehead traduit par Ey@el

    Available in English

    Sujet déprimant certes (désolée), mais nous ne pouvons plus nous permettre d'écarter tout ce qui nous dérange en priant pour que le Saint-Esprit règle les choses à notre place. Agissons pendant que nous le pouvons encore. Parce que c'est justement notre apathie qui a permis aux démonocraties en place de nous voler notre souveraineté. Encore une fois, croyez-vous honnêtement qu'on se donnerait autant de mal à nous manipuler et à nous censurer si notre destin était scellé et si nous étions aussi impuissants qu'on voudrait bien nous le faire croire ? Certainement pas ! Mais nous devons faire l'effort d'aller creuser en profondeur au lieu de nous perdre dans les méandres de leurs miroirs aux alouettes cybernétiques. La fatalité n'existe que si l'on y croit. Avec de la volonté, on parvient à tout. Mais encore faut-il le vouloir avec ses tripes. J'ai, en fait, le sentiment qu'une partie de l'humanité se hait foncièrement et recherche inconsciemmnet le néant absolu dans cet univers de cauchemar que nous sommes en train de manifester via nos égrégores collectifs.

    Comme cet article était vraiment trèèèèèèès long, j'ai décidé de le scinder en deux afin de vous laisser le temps de le digérer. La suite sera publiée dans quelques jours pour ceux qui préféreraient lire les deux parties bout à bout.

    Ey@el

    Il viendra un temps où l'on ne dira plus « on m'espionne par le biais de mon téléphone » mais où l'on finira par dire « c'est mon téléphone qui m'espionne ».

    ~ Philip K. Dick

    Pilule rouge ou pilule bleue ? À vous de décider.

    Vingt ans après que Matrix, le film culte des Wachowski en 1999, nous ait présenté un univers futuriste où les humains subsistent dans une non-réalité simulée par ordinateur et alimentée par des machines autoritaristes — un monde dans lequel le choix entre exister dans le déni absolu d'un état de rêve virtuel ou affronter l'extrême difficulté des réalités de la vie se résume à une pilule rouge ou une pilule bleue — nous sommes au bord du gouffre d'une matrice dominée par la technologie que nous avons nous-mêmes créée.

    Nous vivons dans le prélude de Matrix où chaque jour qui passe, nous tombons de plus en plus sous le charme des communautés virtuelles reposant sur la technologie et le confort fictif géré par des machines dotées d'intelligence artificielle en passe de nous remplacer rapidement pour finir par prendre le contrôle de chaque aspect de notre vie.

    La science-fiction est devenue factuelle.

    Dans Matrix, Thomas Anderson, un informaticien connu comme hackeur sous le nom de Neo, est tiré de son sommeil virtuel par Morpheus, un combattant pour la liberté cherchant à libérer l'humanité d'un état d'hibernation continu imposé par des machines dotées d'une intelligence artificielle hyper-sophistiquée qui dépendent des humains comme source d'alimentation organique. Leurs esprits étant reliés par des fils à une réalité artificielle parfaitement conçue, peu d'humains se rendent compte qu'ils évoluent dans un univers de fiction.

    Neo se voit proposer le choix de se réveiller pour rejoindre la résistance ou de rester endormi pour servir de nourriture aux pouvoirs en place. « Choisis la pilule bleue et tout s'arrête. Après, tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux » dit Morpheus à Neo dans Matrix. « Choisis la pilule rouge, tu restes au Pays de Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. »

    La plupart des gens optent pour la pilule bleue.

    Dans notre cas, la pilule bleue — un aller sans retour pour un camp de concentration électronique — enrobée de miel pour masquer son arrière-goût amer, nous est vendue à des fins opportunistes et servie sous forme d'un internet incroyablement rapide, de signaux téléphoniques ne perdant jamais aucun appel, de thermostats nous maintenant à la température idéale sans avoir à lever le petit doigt, et de divertissements pouvant êtres diffusés en simultané sur nos télés, tablettes et téléphones portables.

    Nous ne sommes pas simplement envoûtés par ces technologies conçues pour nous faciliter la vie mais carrément esclaves de ces dernières.

    Regardez autour de vous. Partout, les gens sont tellement accros à leurs dispositifs à écran connectés à l'internet — smartphones, tablettes, ordinateurs, télévisions — qu'ils peuvent rester plongés pendant des heures dans un monde virtuel dans lequel les interactions humaines sont filtrées par le biais de la technologie.

    Ce n'est pas la liberté.

    Ce n'est pas le progrès non plus.

    C'est une tyrannie technologique et un contrôle inflexible dispensés par un état-espion, des géants industriels comme Google et Facebook et des agences gouvernementales d'espionnage comme la NSA.

    Nous vivons dans un monde virtuel savamment conçu pour ressembler à un gouvernement représentatif alors qu'en réalité, nous sommes à peine plus que des esclaves subjugués par un régime autoritaire par le biais de sa surveillance permanente, de ses spectacles médiatiques fabriqués, ses tribunaux secrets, sa justice inversée et sa répression violente de la dissidence.

    Aussi obnubilés que nous sommes à profiter des technologies dernier cri, nous avons à peine songé aux implications de notre basculement impulsif et inconsidéré vers un monde où notre dépendance abjecte aux machins et bidules connectés à l'internet nous prépare à un avenir dans lequel la liberté sera une illusion.

    Il n'y a pas que la liberté en jeu. C'est le sort de l'humanité qui est sur la balance.

    D'ailleurs, tandis que la plupart des gens s'emploient activement à prendre des selfies, Google a multiplié les partenariats avec la NSA, le Pentagone et d'autres agences gouvernementales afin de développer une nouvelle « espèce » humaine.

    En substance, Google — un réseau neuronal équivalent à un cerveau mondial — fusionne avec l'esprit humain en un phénomène appelé « singularité ». Google connaîtra la réponse à votre question avant même que vous ne la posiez, déclare le scientifique transhumaniste Ray Kurzweil. « Il aura lu chaque courriel que vous aurez écrit, chaque document, chaque pensée futile que vous aurez exploitée dans un moteur de recherche. Il vous connaîtra mieux que votre partenaire intime. Voire peut-être mieux que vous-même. »

    Mais voilà : la NSA et les autres agences gouvernementales, elles aussi vous connaîtront mieux que vous-même. Comme le souligne William Binney, sans doute l'un des donneurs d'alerte de plus haut niveau venu de la NSA, « le but ultime de la NSA est le contrôle absolu de la population ».

    Le mot d'ordre est la naissance de l'ère de l'internet des objets dans laquelle des « objets » connectés à l'internet surveilleront votre maison, votre santé et vos habitudes afin que votre garde-manger soit toujours plein, que votre consommation d'eau, gaz et électricité soit régulée et que votre vie soit sous contrôle et relativement sans soucis.

    Le mot-clé est contrôle.

    Dans un avenir pas très éloigné, « à peu près tous les appareils que vous posséderez — et même des objets comme des chaises où l'on ne s'attend normalement pas à y trouver de la technologie intégrée — seront raccordés et communiqueront les uns avec les autres ».

    D'ici 2020, 152 millions d'automobiles seront connectées à l'internet ainsi que 100 millions d'ampoules et lampes. D'ici 2021, on estime qu'il y aura 240 millions d'appareils portables comme les montres intelligentes, qui maintiendront les utilisateurs en liaison simultanée avec leurs téléphones, courriels, textos et internet. D'ici 2022, plus d'un milliard de compteurs intelligents auront été installés dans les foyers pour signaler la consommation en temps réel aux fournisseurs d'énergie et autres parties concernées.

    Cette industrie du « connecté » — qui selon les prévisions devrait injecter plus de 14.000 milliards de dollars à l'économie d'ici 2020 — est en passe de devenir la prochaine grande innovation en matière de transformations sociétales, tout comme la révolution industrielle, un point tournant dans la technologie et la culture.

    Entre les voitures sans chauffeur qui n'auront plus du tout de volant ni d'accélérateur ou de pédale de frein et les pilules intelligentes équipées de micropuces, les capteurs, les caméras et les robots, nous sommes prêts à surpasser l'imagination d'auteurs de science-fiction tels que Philip K. Dick et Isaac Asimov. (À propos, les voitures sans chauffeur, ça n'existe pas. Il y aura forcément quelqu'un ou quelque chose qui les conduira mais ce ne sera pas vous.)

    Selon Nest, le but visé par ces appareils raccordés à l'internet serait de rendre votre maison « plus attentive et plus consciente ». Par exemple, votre voiture pourrait envoyer un signal pour annoncer chez vous que vous êtes sur le chemin du retour tandis que les diodes de couleurs différentes se mettraient à clignoter pour attirer votre attention si les capteurs de Nest Protect détectent quelque chose d'anormal. Selon les données fournies par vos capteurs de forme physique et de sommeil, votre cafetière vous préparera un café plus fort si vous avez eu une nuit agitée.

    Des gadgets technologiques reliés à l'internet comme les ampoules intelligentes pourront décourager les cambrioleurs en faisant croire que votre maison est occupée, les thermostats  intelligents réguler la température de votre maison en fonction de vos activités, et les sonnettes intelligentes vous indiquer qui est à la porte sans quitter le confort de votre canapé.

    Nest, acquisition à 3 milliards de dollars de Google, a été le précurseur de l'industrie du « connecté » avec des commodités cyberfutées comme un verrou intelligent qui indique à votre thermostat qui est dans la maison, quelle température cette personne apprécie, et quand votre maison est inoccupée ; un système téléphonique résidentiel qui interagit avec vos appareils connectés pour « apprendre vos allées et venues » et vous avertir quand vos enfants ne rentrent pas à la maison ; et un système qui surveillera votre endormissement, votre réveil et maintiendra les bruits ambiants et la température à un niveau favorisant l'endormissement.

    En cette ère du connecté, nos maisons ne seront pas les seules à être réorganisées et réinventées : nos lieux de travail, nos systèmes de santé, notre gouvernement et même nos corps seront raccordés à une matrice sur laquelle nous n'auront aucun véritable contrôle.

    En outre, au vu de la rapidité et de la trajectoire de développement de ces technologies, ces appareils ne tarderont pas à fonctionner en total indépendance de leurs créateurs humains, ce qui donnera lieu à une nouvelle série d'inquiétudes.

    Comme le souligne Nicholas Carr, expert en technologie, « dès que l'on permet à des robots ou des programmes informatiques d'agir librement dans le monde, on va se heurter à des problèmes éthiques et être confrontés à des choix difficiles qui ne pourront pas être résolus par des modèles statistiques. Ce sera le cas avec les véhicules sans chauffeur, les drones sans pilote, et les robots sur les champs de bataille tout comme ça l'est déjà, à moindre échelle, avec les aspirateurs et tondeuses à gazon automatisés ».

    Par exemple, tout comme le robot aspirateur Roomba « ne fait aucune distinction entre un mouton de poussière et un insecte », les drones armés seront incapables de différencier un criminel en fuite d'un simple joggeur dans la rue.

    De même, comment se défendre contre un robot-flic — comme l'androïde Atlas développé par le Pentagone — qui aura été programmé pour réagir par la violence à toute menace perçue ?

    Malheureusement, dans notre course vers l'avenir, nous avons omis d'examiner les conséquences d'une telle dépendance à la technologie pour l'humanité sans parler de nos libertés.

    À suivre : deuxième partie à paraître prochainement

    Traduit de l'anglais par Ey@el
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