• Casse-tête à la française

    Article d'Ey@el

    Avant tout chose, il est fort conseillé d'aborder tout ce qui va suivre à tête reposée. J'insiste et je tiens absolument à émettre une mise en garde contre les effets secondaires certains que la lecture d'un tel billet pourrait provoquer chez les individus souffrant habituellement de migraines ou d'allergies graves au dithyrambisme intellectuel, ainsi que pour toutes les têtes brûlées et autres fortes têtes dont le français ne serait pas la langue maternelle (ni paternelle d'ailleurs) mais qui auraient suffisamment perdu la tête pour s'y risquer sans précaution. Ce n'est pas pour rien que l'on vous rabâche sans cesse de toujours sortir couvert. Dans ce cas bien précis, ce serait de la pure folie que de vous aventurer tête nue (et qui plus est, tête la première) dans le dévidoir d'un cerveau encombré que l'on appelle communément une « pensine ». Quant à vos chères têtes blondes, veuillez les tenir à l'écart, cela risquerait fort de les traumatiser à vie. Gardez donc la tête froide (si vous le pouvez) ou, à défaut, sur les épaules. Je ne tiens absolument pas à devenir la tête de Turc de quelque tête de c** qui passerait par là inopinément ni à me la faire mettre au carré par ceux à qui mon histoire l'aurait tournée ou carrément fait perdre.

    Prologue

    Et maintenant, si vous le voulez bien, préparez-vous à vous prendre la tête voire à vous payer la mienne, le cas échéant, en entrant dans le vif du sujet (ou dans le sujet à vif). Bien que l'idée de cet article sans queue ni tête me soit venue sur un coup de tête, elle me trottait déjà derrière depuis un petit moment, la vilaine sournoise. J'ai résisté tant que j'ai pu, mais tant bien mal, car lorsque j'ai quelque chose en tête, autant dire que je ne l'ai pas ailleurs. Ce qui est fort heureux car avoir la tête ailleurs, comme d'aucuns ne manqueront pas de le suggérer, serait très inconfortable, insalubre, indécent, nauséabond et fort déplacé au sens propre comme au sens littéral — tout cela dans l'ordre qui vous conviendra.

    Dans ma tête

    Je suis affligé d'une maladie,
    Un mal anglais
    Qui ne veut point partir.
    Ça ne veut point partir
    Et vous êtes dans ma tête —
    Dans ma tête.

     "Inside My Head", Radiohead (1992)

    Où en étais-je ? Ah, oui... rassurez-vous, j'ai bien toute ma tête (du moins au moment où j'écris ces lignes) mais le trafic est si dense actuellement que l'agent chargé de réguler la circulation ne sait vraiment plus où donner de la sienne avec toutes ces pensées indisciplinées qui se bousculent, tête-bêche, en effectuant des têtes à queue à qui mieux mieux pour tenter de passer en tête de file, remportant parfois d'une tête le privilège d'un tête-à-tête avec leur hébergeur, à savoir mon humble personne. Hé oui, en ces lieux, c'est moi le boss, la tête pensante et je vous assure que cela n'a rien d'une sinécure. Impossible de méditer tranquille ou d'aller piquer une tête dans la piscine (enfin si j'en avais une) avec ces satanées voix de tête qui n'en font qu'à leur tête et m'empêchent d'avoir la mienne ailleurs. J'en ai vraiment par dessus la tête de ce harcèlement perpétuel à se la cogner contre les murs. J'ai beau avoir la tête dure et me la creuser, je ne vois pas l'ombre d'une solution pointer la sienne et je crains fort de ne plus arriver à leur tenir tête bien longtemps. 

    L'exorciste

    J'entends la musique d'un cœur qui bat,
    Et dès que je marche, les gens se retournent
    Et se mettent à rire.
    Est-ce dans ma tête ?
    Est-ce dans ma tête ?
    Est-ce dans ma tête depuis le début ?

     "Is It In My Head ?", The Who (1973)

    Deux têtes valant mieux qu'une, comme on dit outre-Manche1, je m'en suis donc allée quérir les services d'un éminent spécialiste, réputé être une vraie tête en la matière. Une vraie tête à claques, oui ! Ne voilà-t-il pas qu'il s'est pris à rire à s'en décrocher la tête2 en me conseillant, bille en tête, de cesser de me mettre martel en tête, d'ôter mon serre-tête (je n'en porte jamais habituellement mais il m'en fallait un pour les besoins de la cause) et de me la caler droite3 sur l'appui-tête en prenant bien garde à ne pas me la cogner malencontreusement contre celle du lit (ici, en l’occurrence, un divan).

    — C'est que je n'ai pas la tête à ça, objectai-je en geignant. Vous êtes complètement tombé sur la vôtre si vous croyez que ça va arranger le schmilblick !

    — Allons, ne faites pas votre mauvaise tête, me répondit-il d'un ton paternaliste que je n'appréciai guère. Ceci dit, c'est vrai que vous avez une sale tête. Attendez, je sais quel remède il vous faut...

    — Oh mais ça va bien tête d'œuf, me retins-je de lui hurler à tue-tête. Je suis le Morse goo goo g'joob4 !

    Percevant comme une vague odeur de soufre dans la note de tête de ce parfum qui commençait sérieusement à me monter à la tête, je décidai de prendre la poudre d'escampette avant que le réducteur de tête ne revienne avec la sienne (pire que l'escampette, à n'en point douter).

    Dans le terrier du lapin crétin

    « Voudriez-vous, je vous prie, me dire quel chemin je dois prendre pour m'en aller d'ici ?

    — Cela dépend surtout de l'endroit où vous voulez vous rendre, répondit le Chat.

    — Je ne me soucie pas trop de l'endroit... dit Alice.

    — Alors peu importe le chemin que vous prendrez, déclara le Chat.

    — ... pourvu que j'arrive quelque part, ajouta Alice pour s'expliquer.

    — Oh ! dit le Chat, vous arriverez toujours quelque part, pourvu que vous marchiez assez longtemps. »

    C'était là un fait indéniable, dut admettre Alice, qui se hasarda à poser une autre question : « Quelle sorte de gens vais-je rencontrer là-bas ? »

    — Dans cette direction-ci, répondit le Chat en faisant un geste vague de sa patte droite, habite un Chapelier ;  et dans cette direction-là, indiqua-t-il de son autre patte, habite un Lièvre de Mars. Rendez visite à votre gré à l'un ou à l'autre : ils sont fous tous les deux.

    — Mais je n'ai nulle envie d'aller chez les fous, fit remarquer Alice.

    — Oh ! vous ne pouvez rien à cela, dit le Chat. Ici tout le monde est fou. Je suis fou, vous êtes folle.

    — Comment savez-vous que je suis folle ? demanda Alice.

    — Il faut que vous le soyez pour être venue ici.

    Alice au Pays des Merveilles © Lewis Carroll, 1865

    Dans ma précipitation — quelle tête en l'air je fais — je fonçai tête baissée sur l'homme de ménage et sa tête-de-loup5. Le pauvre bougre n'était déjà pas dans sa tête6, la collision acheva littéralement de la lui emmener7 ! Armé de son balai, cette tête de n***d se mit à me pourchasser en émettant des jurons que, par pudeur, je m'abstiendrai de retranscrire ici. Et ne parlons pas de ses yeux furibonds qui lui sortaient de la tête en lançant des éclairs.

    D'ailleurs je me demande bien ce que faisait Rusard hors de Poudlard8. D'un côté, je comprends qu'il ait fini par se faire virer. Par contre, j'ignorais qu'il causait aussi bien le français de bas étages (il est vrai que J.K. Rowling a beaucoup étudié notre langue — je n'ose imaginer les lieux qu'elle a dû fréquenter9). J'empoignai alors un seau qui trainait par là et le lui carrai sur sa grosse tête coiffée comme l'As de Pique. Quand on sait de quoi était capable la Reine de Coeur10, je ne restai pas plantée là à admirer le sacre de cette nouvelle tête couronnée.

    Épilogue

    De tête, je n'ai jamais couru aussi vite. À croire qu'il m'était poussé des ailes. Du haut de ma tête11 (qui ne fera jamais d'ombre à l'Everest), je dirai que j'ai dû battre un record de vitesse. Encore heureux que je ne me sois pas faite flasher par un radar. En attendant, si vous êtes tombé la tête par-dessus les talons12 pour cette histoire complètement déjantée (qui n'est que pure fiction), laissez-moi un commentaire. Promis, juré, craché, je ne prendrai pas la grosse tête mais j'en écrirai d'autres qui vous flanqueront encore un sacré mal de tête. À défaut et au cas où l'inspiration viendrait à se tarir, il me reste toujours des tas de textes de chanson de Radiotête à traduire...

    Ey@el

    Notes et références

    1. ^ Expression anglaise : « Two heads are better than one » (deux avis valent mieux qu'un).
    2. ^ Expression anglaise : « To laugh one's head off » (rire à gorge déployée).
    3. ^ Expression anglaise : « To get one's head straight » (se ressaisir).
    4. ^  "I Am The Walrus", The Beatles (1967). Une chanson inspirée de la nouvelle "Le Morse et le Charpentier" de Lewis Carroll.
    5. ^ Une tête-de-loup est un long balai pour nettoyer les plafonds.
    6. ^ Expression anglaise : « To be off one's head » (ne pas être bien).
    7. ^ Expression espagnole : « Traer de cabeza » (rendre fou).
    8. ^ Argus Rusard est le concierge de Poudlard, le pensionnat pour jeunes sorciers dans l'univers de Harry Potter. C'est un vieil homme acariâtre et jaloux de tous les pensionnaires car bien que né de parents sorciers, c'est un « cracmol » — un sorcier sans pouvoir magique. Il passe son temps à épier tout le monde, aidé de sa chatte Miss Teigne, dans l'espoir de faire expulser des élèves pour faute grave. Lorsque cette facho de Dolores Ombrage est envoyée à Poudlard par le Ministère de la magie pour réformer l'école (entendez, interdire tout sauf ce qui rend les gens autonomes — un air de déjà vu ?), il est le premier à la soutenir. Lorsque les Mangemorts prennent le pouvoir (voir L'ascension du Seigneur des Ténèbres), il est encore là à leur lécher les bottes. Il mérite donc bien son sort !
    9. ^ J.K. Rowling, l'auteur de la saga Harry Potter, est d'origine française par sa mère, Anne Volant, aujourd'hui défunte. Son arrière-grand-père est un héros de la première guerre mondiale et a même reçu la Légion d'honneur.
    10. ^ Dans Alice au Pays des Merveilles, la Reine de Cœur n'arrête pas de faire couper les têtes de ses sujets pour un oui ou pour un non.
    11. ^ Expression anglaise : « Off the top of my head » (à vue de nez).
    12. ^ Expression anglaise : « To fall head over heels for (flasher pour).

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 8 Octobre 2014 à 22:50

    Euh, pas trop bobo dans la boite à fusible ? Point de fumée sortant par les oreilles où les narines ?

    Y'aurait une entrée qui irait bien dans le célèbre tableau http://lapensinemutine.eklablog.com/les-causes-metaphysiques-profondes-de-tous-nos-maux-a108660778#a pour soigner tout ça ??  °°

    2
    Mercredi 8 Octobre 2014 à 23:58

    T'as pas trouvé la sortie cette fois-ci ?

    3
    Jeudi 9 Octobre 2014 à 05:24

    mdr, me v'là la tête sens-dessus-dessous, à peine réveillé :))
    Bon jour Dame Eyael

    4
    Jeudi 9 Octobre 2014 à 17:05

    Faudrait donc que le prochain billet tordu veille à remettre tout en place (mais c'est beaucoup moins marrant) ;)

    5
    danysis
    Jeudi 9 Octobre 2014 à 20:24

    Déjanté ? juste un peu, mais une jante... c'est en bas, pas en haut , sauf capotage. Déjà que de partout c'est la prise de notre  tout, des sous, des gens, (qui perdent aussi la tête) j'en rajoute pour une très sérieuse prise de tête ! 

    ;-)    http://danysis.blogspot.fr/2014/10/annales-etranges.html

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