• Projet Eklabugs : Les enjeux de la fin

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    Article d'Ey@el

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    Cornélien le choix du thème de cette 15e session du projet Eklabugs pour lequel il a fallu faire fi de la démocratie qui n'arrivait pas à se décider pour trancher arbitrairement entre deux sujets exæquos. Halloween puant le réchauffé, c'est donc, en toute logique scientifique, la science-fiction qui l'a emporté. Normal, on n'a jamais vu une citrouille faire le poids contre une soucoupe volante !

    Aux frontières du réel

    Vaste sujet, me direz-vous, aux délimitations assez floues (en ce qu'il emprunte souvent au fantastique et à la mythologie), la science-fiction est, comme son nom l'indique, un genre littéraire et cinématographique mettant en scène l'évolution probable de situations ou événements basés sur des hypothèses exploitant ou extrapolant des données réelles à partir des avancées technologiques et scientifiques actuelles. Et que l'on pourrait comparer à un exercice de simulation projetant les conséquences de nos choix passés (uchronie) ou à venir (anticipation) en terrain connu (la Terre) ou inconnu (l'Espace).

    Un genre intelligent et relativement récent, popularisé au XIXe siècle par des auteurs comme Jules Verne, que l'on qualifie aujourd'hui de visionnaires parce que leur imagination a su, au propre comme au figuré, dépasser la réalité de leur époque. Au point même que d'aucuns, aujourd'hui, ne voient dans ces œuvres que des travaux d'initiés voire des messages codés : George Orwell, H.G. Wells, Jules Verne... tous seraient des Illuminati — pour une Élite censée être minoritaire, je trouve qu'il y a un peu foule ! Personnellement, je n'ai pas d'avis tranché sur la question. Je ne réfute rien mais je n'adhère à rien non plus. Ce qui ne fait pas pour autant de moi quelqu'un de neutre ou qui s'en fout. Je me dis simplement que si demain je pondais une œuvre visionnaire (on est toujours dans les limites du cadre du sujet, non ?), on pourrait sans doute me prêter les mêmes allégeances.

    Selon moi, n'en déplaise à l'ego, l'imagination s'apparenterait plutôt à une forme de « channeling » (canalisation) inconscient et l'espace temps linéaire, tel que nos consciences ont été formatées à le concevoir, n'existant pas dans la réalité universelle (voir Articles connexes), je pense qu'il s'agit là encore d'une des nombreuses illusions et failles de la Matrice sociale dans laquelle nous évoluons comme l'a parfaitement illustré la série de films éponymes, Matrix. Et, moindrement Dôme, le roman de Stephen King (et non la série télé qui n'a plus rien à voir) dans lequel une petite communauté se retrouve soudain mise sous cloche par une gigantesque coupole de verre indestructible qui les isole totalement du reste du monde.

    Ceci dit, tenter de définir la science-fiction dans le cadre limité d'un simple article me semble à la fois bien présomptueux et frustrant. Alors plutôt que de m'appesantir inutilement sur des abstractions superficielles et vous inonder de références, je préfère me focaliser sur un seul exemple récent, bien concret et Ô combien (malheureusement) d'actualité.

    Les Jeux de la Faim

    À moins d'avoir vécu ces dernières années aux fins fonds de la jungle ou dans une grotte, vous avez forcément entendu parler de Hunger Games. Même si vous n'avez ni lu les livres ou vu les films, ce nom vous dit forcément quelque chose. Mais contrairement à bien d'autres adaptations cinématographiques de succès littéraires régulièrement détournés et ciblant principalement un public jeune à l'esprit plus malléable, Hunger Games (les jeux de la faim) se situe bien au-delà de la simple vogue éphémère ou du phénomène de récupération médiatique à vocation commerciale et trouve assez naturellement sa place légitime auprès de dystopies classiques pour adultes telles que 1984 d'Orwell ou le Meilleur des Mondes d'Huxley auxquelles on ne peut s'empêcher de se référer constamment (et pour cause).

    Son auteur, Suzanne Collins, explique que l'idée lui est venue au cours d'un zapping télévisuel où, dans son esprit, les images d'émissions de télé-réalité se sont mélangées à celles de reportages d'actualité sur la guerre en Irak. Sa trilogie met ainsi en scène une société post-apocalyptique totalitaire dans laquelle, chaque année, une « moisson » sous forme de tirage au sort est organisée dans chacun des douze districts constitutifs qui fournissent le pouvoir central en nourriture et matières premières. L'occasion pour le Capitole, à la fois, de distraire son élite décadente, maintenue dans l'ignorance des réalités qui l'entoure, et d'écarter toute menace de rébellion par l'oppression et la terreur en obligeant chaque district à lui offrir deux de ses enfants en tribut pour aller s'entretuer, sous l’œil de caméras de télévision, dans une arène en décors naturels reconstitués surmontée d'un dôme vibratoire (champ de force) jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul et unique survivant.

    Dans la lignée directe de Marche ou crève et Running Man de Stephen King, ce Koh-Lanta cauchemardesque (que chacun est tenu de regarder sous peine d'exécution) est une référence plus qu'évidente aux combats de gladiateurs et à la Rome antique à laquelle font également écho les noms des personnages de pouvoir (le président Coriolanus, le présentateur César, le producteur Claudius ainsi que les Hauts-Juges Seneca et Plutarch) tout comme celui de la nation elle-même, Panem emprunté au poète satirique latin Juvénal :

    C’est une expression qui avait cours voilà des milliers d’années, rédigée en latin dans l’ancienne ville de Rome, m’explique-t-il. Elle se traduit par « Du pain et des jeux ».

    L’auteur dénonçait le fait qu’en échange d’un ventre plein et de spectacles, ses concitoyens avaient renoncé à leurs responsabilités politiques, et donc à leur pouvoir.

    Les héros eux-mêmes rappellent d'ailleurs certaines divinités de la mythologie gréco-romaine comme Katniss/Artemis (Diane) et son arc, Finnick/Poséidon (Neptune) et son trident ou encore Beetee/Zeus (Jupiter) et ses câbles électriques.

    « Puisse le sort vous être favorable »

    Tel est le leitmotiv de ces Jeux de la faim. Ben tiens, l'espoir fait vivre ! C'est cependant une arme à double tranchant comme l'explique le président Snow à son Haut-Juge :

    Pourquoi avons-nous besoin d'un gagnant ? Si nous voulions juste intimider les districts, nous pourrions aligner les tributs en rang d'oignon et les exécuter tout de suite, ce serait plus rapide. L’espoir ! Car c'est la seule chose plus forte que la peur. Et si un peu d'espoir est bénéfique, trop d'espoir est dangereux. Une lueur, c'est parfait. Tant qu'elle est contrôlée. Alors contrôlez-la !

    Le vainqueur, quand il ne sombre pas dans la folie, l'alcoolisme ou la drogue, se voit octroyer, pour lui et sa famille, une vie privilégiée à l'abri du besoin et de l'esclavage. Du moins en apparence comme le révèle finalement au grand jour le beau gosse de service :

    Le président Snow me vendait… c’est-à-dire, mon corps, commence Finnick d’une voix détachée. Et je n’étais pas le seul. Dès qu’un vainqueur est considéré comme désirable, le président l’offre en récompense à ceux qui le servent, ou le loue à des tarifs exorbitants. Si on refuse, il fait tuer l’un de nos proches. Alors, on obéit.

    Ou quand, bien sûr, les règles du jeu ne sont pas changées en cours de route :

    Au soixante-quinzième anniversaire, afin de rappeler aux rebelles que même les plus forts d’entre eux ne sauraient l’emporter sur le Capitole, les tributs mâles et femelles de chaque district seront moissonnés parmi les vainqueurs survivants.

    Les deux faces d'une même pièce

    Il y aurait tellement à dire sur cette série pour ados et la foule de thèmes cruciaux et autres problématiques urgentes de notre société qui y sont abordés, tant sur le plan politique (secrets d'état, intimidation, répression, propagande médiatique, surveillance, espionnage, contrôle mental, torture, manipulation génétique, transhumanisme), social (critique d'un modèle économique inégalitaire engendrant le déterminisme et l'exploitation), environnemental (l'évocation de la menace nucléaire) que moral et culturel (société rongée par son appétit immodéré du spectacle au point de devenir progressivement anesthésiée à toute tragédie et souffrance humaine) — mais qui nous abreuve aussi, par la même occasion, de stéréotypes à la sauce hollywoodienne.

    Souvent la fiction y rejoint la réalité avec une justesse effarante qui fait littéralement froid dans le dos. Comme ce coup d'état militaire à la fin de l'histoire où l'état major des rebelles a secrètement recours à un attentat faux drapeau contre son propre camp dans le but de rallier les derniers partisans de l'ancien régime. Ou encore, lorsque Alma Coin (littéralement « pièce » en anglais), la nouvelle dirigeante auto-proclamée, s'empresse de rempiler avec les bonnes vieilles méthodes de son prédécesseur qu'elle vient à peine de détrôner :

    Je vous ai demandé de venir pour résoudre un dilemme. Aujourd’hui, nous allons procéder à l’exécution de Snow. Ces dernières semaines, plusieurs centaines de ses complices dans l’oppression de Panem ont été jugés et condamnés à mort. Toutefois, la souffrance des districts a été si extrême que ces sentences paraissent bien insuffisantes aux yeux des victimes. En fait, beaucoup réclament l’annihilation totale de tous les anciens citoyens du Capitole. Mais c’est une mesure que nous ne pouvons pas nous permettre si nous voulons conserver une population viable. [...] Quelqu’un a donc mis une alternative sur la table. Mes collègues et moi n’étant pas parvenus à un consensus, il a été convenu que la décision reviendrait aux vainqueurs. Il faudra une majorité de quatre pour approuver le plan. Personne ne pourra s’abstenir de voter, déclare Coin. L’idée, c’est qu’au lieu d’éliminer toute la population du Capitole, nous tenions une dernière édition symbolique des Hunger Games, avec les enfants des personnes qui détenaient le plus de pouvoir.

    Comme le scandaient les Who dans "Won't Get Fooled Again" en 1971, « On change de chef mais c'est juste du pareil au même » !

    Certes, la morale est sauve puisque l'héroïne, comme on était en droit de s'y attendre, rectifie le tir au propre comme au figuré, mais on reste sur sa faim malgré tout.

    — Nous constituerons une république, dans laquelle les habitants de chaque district et du Capitole éliront leurs propres représentants pour parler en leur nom dans un gouvernement centralisé. Ne prenez pas cet air méfiant ; ça a déjà fonctionné par le passé.
    — Oui, dans les livres, grommelle Haymitch.
    — Dans les livres d’histoire, précise Plutarch. Et si nos ancêtres ont pu le faire, il n’y a pas de raison que nous en soyons incapables.
    Franchement, j’ai du mal à considérer nos ancêtres comme une référence. Ils nous ont mis dans de beaux draps, avec leurs guerres et la ruine de la planète. De toute évidence, ils se moquaient bien de ce qui arriverait à leurs descendants. Néanmoins, cette idée de république me paraît préférable à notre gouvernement actuel.

    Et après ? Qui va prendre la relève ? Comme si les mentalités allaient changer d'un seul coup de baguette magique (d’arbalète en l'occurrence). Et pour combien de temps ?

    Aucune solution nouvelle ne nous est proposée. Sans doute là, la principale limitation d'un genre visionnaire pessimiste qui n'est finalement capable d'imaginer que le pire.

    En guise de conclusion, j'aimerais terminer par cette phrase-clé de l'héroïne qui résume assez bien notre situation à tous quelle que soit la place privilégiée ou non que nous occupions dans cette société : « Le feu se propage ! Et si nous brûlons, vous brûlerez, avec nous ! »

    Ey@el

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    #Eklabugs

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  • Commentaires

    1
    Lundi 31 Octobre 2016 à 16:36

    Est ce que tu connais la chaine Youtube Nexus 6 ? Si la SF t’intéresse, fonce, c'est de l'or en barres.

    2
    Mercredi 2 Novembre 2016 à 16:11

    Et bien, et bien, cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu d'article sur ton blog et ton style d'écriture n'a pas changé.

    En lisant ton article, j'ai appris pas mal de choses sur Hunger Games, comme les "clins d’œil" aux divinités grecques. Cela me fait penser aux noms des personnages dans Labyrinthe, qui sont issus de scientifiques (Newt→Newton, et Gally→Gallilé, si je ne me trompe pas).

    En même temps, je ne fais jamais beaucoup de recherches sur les livres que je lis, chose que je devrais peut-être faire, désormais.

      • Mercredi 2 Novembre 2016 à 16:22

        En fait, cela n'est pas le fruit de recherche mais juste des conclusions personnelles. Le truc des divinités grecques m'a sauté aux yeux tout comme le parallèle avec la Rome antique.

      • Mercredi 2 Novembre 2016 à 18:52

        Oh ! Et bien, cela ne m'a pas percuté durant ma lecture... Du coup, maintenant que tu le dis, c'est vrai que ça semble logique.

        D'ailleurs, c'est souvent comme ça. Au départ, ça ne nous apparaît pas et quand on nous le dit, cela devient d'une évidence !

      • Mercredi 2 Novembre 2016 à 23:37

        T'inquiète, ce genre de trucs m'arrive souvent de réaliser des trucs évidents vingt plombes après. Ma philosophie est que quand c'est le bon moment, c'est le bon moment et puis voilà (ce qui ressemble plus à une lapalissade qu'autre chose). wink2

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