• Brûlez la sorcière

    Article d'Ey@el et texte de Radiohead traduit par Ey@el

    Available in English

    Pour ceux qui suivent, le week-end dernier, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, certains fêtaient Walpurgis ou Beltaine, également connu comme le sabbat des sorcières (pour les détails voir Articles connexes). Cela n'a donc rien d'un hasard si Radiohead ont choisi précisément cette date pour effectuer leur comeback musical après une longue absence de cinq ans avec ce single et ce clip très évocateurs.

    Burn The Witch

    Debout dans l'ombre,
    Acclamez la potence :
    Ceci est une battue.

    Crise d'angoisse au ras des pâquerettes,
    Chantez cette chanson sortant du jukebox
    Qui dit :

    Brûlez la sorcière !
    Brûlez la sorcière !

    On sait où vous habitez...

    Des croix rouges sur des portes en bois,
    Si vous flottez, vous brûlez.

    Débordements autour des tables :
    Abandonnez toute raison,
    Évitez tout contact visuel,
    Ne réagissez pas,
    Tirez sur le messager.

    Crise d'angoisse au ras des pâquerettes,
    Chantez cette chanson à quatre sous
    Qui dit :

    Brûlez la sorcière !
    Brûlez la sorcière !

    On sait où vous habitez...
    On sait où vous habitez...

    © Thom Yorke, 2016

    Traduit de l'anglais par Ey@el
    © lapensinemutine.eklablog.com

    À propos de cette chanson

    Innovateurs à tous les niveaux, tant sur le plan musical que pour la gestion de leur patrimoine et la distribution de leur musique, les cinq musiciens à la fois intelligents et instruits (autant parler d'ovnis dans le monde du rock), après avoir failli se faire dévorer par la Matrice via son industrie musicale au milieu des années 90, ont depuis appris à jongler habilement avec elle pour préserver leur indépendance et leur créativité — et se préserver tout court en tant qu'individus. Sans maison de disques à proprement parler (juste un label indépendant qui leur sert plutôt de distributeur), pour le lancement de ce nouvel opus, ils ont encore créé l'événement médiatique de manière originale en... disparaissant totalement de la toile sans prévenir !

    Tout a commencé le samedi matin, lorsque certains fans britanniques ont reçu par voie postale de mystérieuses cartes avec le logo du groupe (un ours mutant) les invitant à chanter une chanson à quatre sous et à brûler la sorcière, le tout souligné d'un inquiétant « on sait où vous habitez ». Une nouvelle qui a vite fait le tour de la planète virtuelle et s'est même vue relayée par les grands médias en ligne. Le dimanche, en milieu d'après-midi, le site officiel du groupe d'abord, puis leurs divers comptes sur les réseaux sociaux ont commencé à pâlir progressivement pour devenir complètement blancs au fil des heures. Pour finir, toutes leurs publications ont été effacées y compris leurs bannières et photos de profil. Grand soulagement le lendemain lorsque sont apparues graduellement les premières images (au compte-goutte) du clip ci-dessus qui n'a été révélé dans sa totalité qu'en début de soirée, juste avant la mise en vente officielle du single via les diverses plateformes de musique en ligne.

    Et quelle merveilleuse surprise tout d'abord que ce clip d'animation stop-motion en pâte à modeler de Chris Hopewell (qui avait également participé à la réalisation de celui de "There There" en 2003), s'inspirant visiblement à la fois de la série pour enfants Trumpton (diffusée par la BBC en 1967) et du Dieu d'osier (The Wicker Man, 1973) de Robin Hardy — un film culte considéré à ce jour par le British Film Institute comme l'un des 100 meilleurs jamais produits au Royaume-Uni — dont il reprend les grandes lignes en quatre minutes chrono.

    Musicalement, on ressent davantage, à travers les violons, l'influence riche et diversifiée de Jonny Greenwood — qui profite de son temps libre hors Radiohead pour composer des musiques de film avec des orchestres symphoniques et participer à des albums plus « ethniques » avec des musiciens indiens et israéliens — comme l'avait laissé entrevoir et espérer le précédent "Spectre" enregistré (puis rejeté) pour le dernier Bond (voir Articles connexes). Ayant eu un peu de mal à digérer la discographie intégrale de Radiohead en un temps relativement court (tout ce qui doit arriver arrive), je n'ai vraiment eu aucun mal à adhérer à ce morceau dès la première écoute. La voix claire et somptueuse de Thom Yorke y est littéralement ensorcelante.

    Pour anecdote, ce titre daterait d'il y a treize ans et serait né des sessions des albums jumeaux Kid A et Amnesiac. Il aurait été retravaillé à maintes reprises, visiblement sans aboutir à une version satisfaisante. Jusqu'à aujourd'hui.

    Au niveau du texte — dont des bribes figuraient déjà sur la pochette de Hail To The Thief et sur une page publiée sur leur site officiel en 2004, intitulée "The Diet of The Worms" (le régime des vers) — les paroles font notamment référence à "Sing A Song of Sixpence", une vieille comptine anglaise qui dit :

    Chantez une chanson à quatre sous,
    Une pleine poche de seigle,
    Vingt-quatre merles
    Cuits dans une tourte.
    Quand on ouvrit la tourte,
    Les oiseaux se mirent à chanter.

    Au vu de la présente situation mondiale, notamment la montée inquiétante des nationalismes en Grande-Bretagne, en France et un peu partout en Europe, on pourrait interpréter ce texte comme une critique de toutes ces chasses aux sorcières politico-médiatiques actuellement en cours.

    Pour ma part (et cela n'engage que moi), je perçois également dans cette opération « Comment disparaitre complètement » organisée pour le lancement de ce single — et qui a vu quand même des millions de personnes « liker » une page Facebook entièrement vierge de tout contenu (sic) — un appel urgent à balayer devant sa porte. À qui voudra bien l'entendre, évidemment. Je ne sais pas comment le formuler sans offenser qui que ce soit (ne me brûlez pas — de toute manière je ne flotte pas, je coule !) mais considérant la manière dont certains ont sauté sur des tas de conclusions hallucinantes entièrement basées sur des suppositions, je ne serais pas surprise que Radiohead aient voulu tenter une petite expérience par la même occasion. Je ne sais pas si cela les a beaucoup amusés ou déçus. Je pencherais pour une simple confortation de ce qu'ils savaient déjà. À chacun de lire entre les lignes et de comprendre ce qu'il voudra. Après tout, comme disait Montaigne, cher à Thom Pouce, que sais-je ?

    Ey@el

    Addendum

    Je récidive : encore une nouvelle parodie ci-dessous (ça passe toutefois mieux en anglais car écrit d'abord dans cette langue en jouant sur les sons — pour ceux qui comprennent l'anglais, je vous invite vivement à cliquer sur le lien en tête d'article).

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 11 Mai 2016 à 23:17

    Sans faire de pub ils ont réussi un coup de génie ! bravo à eux, tout le monde fut au courant de la sortie de leur dernier single ! 

    sacré test en tout cas, sans rien dire, sans rien publier, on peut dire beaucoup et frapper plus fort qu'en informant réellement !  

    Comment appâter sans rien dévoiler... 

      • Jeudi 12 Mai 2016 à 14:13

        Je pense que c'est également ce qu'ils ont voulu essayer de prouver au milieu de tout ce buzz médiatique incessant. Pas sûre que les principaux intéressés aient compris le message par contre. Ils en ont parlé à la télé ? Je te pose la question parce que je ne la regarde plus, ni la radio, ni les journaux, ni les médias en ligne — uniquement les médias alternatifs.

    2
    Jeudi 12 Mai 2016 à 17:50

    A la télé, je ne suis pas sûre ...par contre, je l'ai entendu à la radio, France inter. Et ça a fait un buzz sur internet apparemment car mon fils était au courant aussi. 

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